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Trip sous hallucinogènes

DeFilharmonie

Petit évènement dans la scène musicale belge, car l’ se présentait à Bruxelles avec son futur directeur le Néerlandais . Au terme d’une carrière de violon solo du Concertgebouw d’Amsterdam, ce musicien s’est lancé en 2000 dans une boulimique activité de chef d’orchestre. Aussitôt nommé directeur de l’orchestre de la Résidence de La Haye avec lequel il a tout de même enregistré une intégrale des symphonies de Beethoven (Philips), il occupe actuellement les fonctions de chef principal à la radio néerlandaise avec deux orchestres à charge (Orchestre Radio Philharmonique et Orchestre de Chambre) tout en assurant de nombreuses invitations avant de prendre les rênes en septembre prochain de l’orchestre de Dallas et de notre formation de ce soir. Devant un tel emploi du temps, notre homme trouve encore le temps de descendre dans la fosse, il faisait au printemps dernier ses débuts au Nederlandse Opera d’Amsterdam. Même si la situation de DeFilharmonie est particulière car Philippe Herreweghe assure les concerts du répertoire romantique, on peut s’interroger sur une telle course aux postes d’un musicien encore relativement jeune (il est né en 1960). Cela étant, l’observateur sera quand même content de voir remiser au placard le ternissime Danielle Callegari, l’actuel chef de la phalange anversoise.

Un autre attrait de ce concert était le retour de que l’on avait perdu de vue depuis ses (trop ?) nombreux disques chez EMI. Les deux premiers mouvements du Concerto n°3 de Bartòk apparaissent un peu trop hachés sous des doigts qui manquent d’assurance. Fort heureusement le dernier mouvement est très enlevé et le pianisme est mieux assuré, mais sur l’ensemble de la pièce, Rudy n’en a pas saisi l’essence si particulière. Bien mené par le chef, l’accompagnement de l’orchestre méritait que des éloges.

En ouverture du concert, van Zweden avait fait belle impression dans les Fresques de Piero Della Francesca de Martinu, sa direction ample et précise faisait respirer la musique alors que l’orchestre se plaisait à se livrer un festival de couleurs avec des bois très affutés.

Bien malheureusement, la Symphonie fantastique nous a gâché le plaisir et les espoirs nés de la première partie. On regrettera au passage le manque de coordination des phalanges belges car quelques jours auparavant l’Orchestre de La Monnaie avait programmé cette même pièce et l’Orchestre national de Belgique s’apprête à remettre le couvert au printemps prochain. Mais ce soir, le chef semble limiter cette musique à une course à l’abime, ses tempi sont exagérément rapides et ne laissent pas respirer la musique. Les « Rêveries et Passion » du premier mouvement avaient dues être composées sous l’effet de champignons hallucinogènes ; le « Bal » est expédié avec le même entrain et l’on peinerait grandement à valser sans trébucher avec un cavalier pareil. Les deux derniers mouvements furent arrachés dans le même geste précipité, additionnés d’effets tonitruants.

En conclusion, un concert dont on attendait beaucoup, mais qui fut sérieusement entaché par une « fantastique » à coté de la plaque, même si l’orchestre à techniquement tenu le coup.

Crédit photographique : © DR