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Excellentissime Karajan

Dès les premières images on retrouve le geste concentré qui a contribué à la gloire du maître autrichien et qui, pour une part non négligeable, a permis aux grandes partitions de la musique dite sérieuse de pénétrer au sein d’une multitude de foyers jusque-là hermétiques ou ignorants des chefs-d’œuvre de la création musicale. Presque recroquevillé sur lui-même, il s’ouvre brusquement pour accompagner les explosions d’intensité de ses deux orchestres fétiches : les Philharmoniques de Berlin et de Vienne. Sa connaissance intime des œuvres stupéfie, sa mémoire exceptionnelle fascine ; son feeling transmet le message, essentiellement au profit des musiques chéries. Le geste ample ou ramassé, la bouche volontaire, la lèvre inférieure bavarde et douloureuse, le corps malade riveté dans un corset implacable, Karajan déguste manifestement l’instant musical et impose son regard aussi bien sur les passages solistes exceptionnels que sur les envolées orchestrales inimitables d’homogénéité et d’engagement.

Le présent DVD participe de l’édition du 100e anniversaire de la naissance d’ et ainsi contribue à imposer sa présence par le biais d’un média qu’il convoitait intensément d’exploiter peu de temps avant sa disparition en 1989. Le réalisateur ne cherche jamais à déconcentrer l’auditeur et à ce titre respecte les habitudes académiques du genre. L’image permet néanmoins de constater combien le célèbre maestro s’approprie intimement les œuvres qu’il sert si fidèlement depuis des décennies. Il décortique, analyse, dose et recrée chaque partition de manière inimitable et cependant fidèle tout en bénéficiant d’une part d’interprétation : sa signature. Ayant profité avant l’heure de l’aspect people de son personnage ne quitte pas le très haut de gamme. Et qu’importe, les moyens si l’amour partagé de la musique y trouve son compte. Toutes les musiques enregistrées ici caracolent en tête de la discographie. Signalons plus particulièrement un Boléro d’anthologie d’une précision époustouflante, une Symphonie du Nouveau monde de Dvořák capable de recueillir tous les suffrages et une Symphonie Classique de Prokofiev toute de don juvénile et florissante. Un dernier mot pour trois valses des Strauss qui avaient réellement transporté le public viennois (et international) lors du fameux concert du Nouvel An 1987.

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