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Musiques à la cour d’Aliénor d’Aquitaine : la poésie d’une vie

Alba Musica

Ce disque est une offrande à une belle dame, petite fille du premier troubadour connu, Guillaume IX d'Aquitaine, fille, épouse, mère de rois, qui vécue en un temps où la langue d'oc murmurait aux sources des secrets qu'elle partageait avec le vent, les oiseaux, « un chant nouveau », appel d'une quête poétique en un temps rude dont Aliénor d'Aquitaine est la légende.

Ce disque possède une magie particulière, est-ce la simplicité de la ligne de chant, à la pureté bouleversante ? Est-ce la simplicité de l'accompagnement, citole/ luth et vièle, qui nous place ainsi sur la place d'un village ou dans « une haute tour » d'une demeure seigneuriale, près de ce troubadour dont on ne sait d'où il vient, si ce n'est de loin ? Troubadour (ou trouvère) qui pourrait s'appeler Bernard de Ventadorn ou , porter le nom d'un roi dont la renommée ne s'est toujours pas éteinte, fils d'Aliénor d'Aquitaine, Richard Cœur de Lion ou de l'un des poètes les plus connus du mythe de la Table Ronde, Chrétien de Troyes, où être enfin un de ces anonymes qui s'accompagnant à la vièle parcourait les routes de ces royaumes, dont Aliénor fût reine.

Ce CD, cette musique, ce chant relate une vie longue, de plus de 80 ans, celle d'une femme d'exception, dans un monde où être reine, n'était pas forcément une garantie contre les coups du sort. Aliénor d'Aquitaine, nous parle par la merveilleuse voix, sans vibrato, claire pour la joie, brisée pour la peine, de Romie Estèves. Elle nous compte par les mots des poètes de son temps cette vie, ses sentiments, ses joies et ses peines, ses rires et ses pleurs. L'ancien français (qu'il soit d'oc ou d'oil) est suave et doux, harmonieux et plaintif. Il nous parle de l'amour et de la mort « ab la dolçor del temps novèl », « Fòrt chausa… », et des merveilles que l'on croisait sur les chemins du Moyen-Âge, comme les licornes (« Aussi comm Unicorne sui… »), dont les larmes sont autant de perles. En ce temps là, les chevaliers brisaient les cœurs de leur mère et de leurs amantes.

Se peut –il que dans ce monde où « je suis morte depuis longtemps » (« Mòrta sui eu gran res »), la musique puisse par cette douce simplicité, la beauté du son du luth prolongé par celui de la vièle, effacer cette douleur et rendre vie aux sentiments d'éternité qui par la voix des troubadours donnait vie et rêve le temps d'une ballade ou d'une complainte aux plus humbles comme aux plus puissants ?

L'Ensemble Tre Fontane avec un grand talent réussit une fois de plus à nous démontrer que la complexité est fruit de la simplicité.

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