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Ahmed Saygun, Tschopp-là !

Fils d’un derviche tourneur, musicien formé à la Schola Cantorum à Paris, compositeur officiel de la République d’Atatürk, Ahmed Saygun est le père de la musique savante turque. S’il faut chercher des comparaisons, il serait à la Turquie ce que Sibelius est à la Finlande, ou Chostakovitch à la musique russe, une figure tutélaire.

Assez éloignés des ascétiques quatuors, les deux concertos présentés ici ont les qualités que l’on associe aux symphonies du compositeur : variations rapides d’atmosphères et de rythmes, intonations orientales ne cédant jamais à l’exotisme, recherche de l’effet mais refus du spectaculaire, hauteur de vue. Formé en France à la Schola Cantorum, sa forte parenté avec les musiciens français et d’Europe centrale de l’entre-deux guerres est évidente, jusque dans le tardif Concerto pour violoncelle composé en 1987. Il est difficile de croire qu’il n’a pas été écrit cinquante ans plus tôt, mais cela n’a guère d’importance au regard de la fonction de cette œuvre dans la vie du compositeur. Le concerto est la création apaisée et sereine d’un octogénaire toujours en possession de ses moyens. A l’instar de la Symphonie n°7 de Sibelius, l’œuvre n’est pas testamentaire dans son intention, mais elle a ce détachement souverain qui en fait une cure de jouvence pour qui s’y laisse entraîner. Le Concerto pour alto, achevé en 1977, est d’un cheminement labyrinthique mais dépourvu d’angoisse. Cette décontraction dans la complexité est stimulante pour un auditeur pénétré de culture européenne, et particulièrement française, car pour lui trop souvent un parcours, au propre comme au figuré, se doit d’être rectiligne comme un tuteur de plant de tomates.

Le chef d’orchestre anglais est un bon connaisseur de la musique turque et un interprète convaincant des répertoires rares, tels l’anglais Granville Bantock ou Paul Wranitzky, un contemporain de Mozart. Il avait déjà enregistré la Symphonie n°1 pour Koch Classics / Schwann. La violoniste et altiste suisse tout comme le violoniste Tim Hugh se fondent dans le geste orchestral, sans jamais chercher à accaparer l’attention. Ce qui est perdu en éclat est récupéré en harmonie entre le soliste et l’orchestre. De création récente puisqu’il fut fondé en 1993 au sein de l’université dont il porte le nom, l’ réalise une belle prestation. C’est tant mieux, car sa position en Turquie et sa capacité à accomplir des tournées internationales (notamment en Belgique, en Suisse, mais aussi au Japon…) le destine à être le meilleur défenseur de l’œuvre accompli de Saygun.