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Olivier Py : entre sacré et exhibitionnisme.

Curlew River

Un escalier noir, des pèlerins en pantalon noir et redingote noire sur leurs torses nus, un passeur en soutane noire, une Folle en robe noire. Des lumières crues. L’immuable univers noir et blanc d’ écrase une fois de plus une œuvre où le metteur en scène à la mode se veut d’imposer son univers. Après ses Wagnériades genevoises, se régale à cette parabole d’église. Pas tant par ce qu’elle suggère à son catholicisme radical, mais parce que l’œuvre de Britten est réservée à une distribution entièrement masculine. Un choix que justifie dans le respect la tradition japonaise du nô qui ne peut être joué que par des hommes, à la manière du théâtre antique occidental. En alliant les images de la symbolique chrétienne avec celle de l’homosexualité, compose un mélange des genres qui oscille malencontreusement entre le sacré et l’exhibitionnisme. Quel besoin a-t-il de marquer les pieds ou les mains de certains protagonistes des stigmates du Christ si, en même temps, il dénude un des pèlerins pour le revêtir d’une robe de femme ? Passé ces instants d’inutile provocation, le metteur en scène est happé par la force de l’œuvre et la raconte avec beaucoup d’à propos. Le passeur brandissant la croix qui lui servira de rame pour passer sa barque d’un bord à l’autre de la rive, comme le couronnement de l’enfant-roi sont des métaphores scéniques d’autant plus belles qu’elles rendent totalement superflue l’imposition des fantasmes du metteur en scène.

D’autant plus que cette fable est d’un caractère profondément sacré. Un passeur s’apprête à embarquer des pèlerins allant se recueillir sur la tombe d’un enfant quand une femme, devenue folle, demande à faire partie du voyage. Pendant la traversée, le passeur raconte l’histoire d’un enfant mort d’épuisement après avoir été maltraité. La femme reconnaît dans le récit du passeur, l’enfant qu’elle a perdu. En arrivant au sanctuaire, qui s’avère être la tombe de l’enfant, celui-ci leur apparaît miraculeusement.

Vocalement, on peut saluer la très haute tenue du plateau. À commencer par la remarquable performance du ténor (La Folle) qui, théâtralement dans l’exagération des sentiments qu’il traverse, reste dans l’esprit du personnage. Se jouant admirablement de la partition (elle-même magnifiquement écrite), il fait oublier son travestissement pour camper cette âme dérangée avec déchirement. De son côté, le baryton (Le Passeur) est d’une conviction inébranlable et impose sa présence scénique au travers d’un instrument vocal magistralement conduit. Autre baryton, (Le Voyageur) force l’admiration dans les nuances qu’il exprime d’un chant majestueux et d’une voix techniquement irréprochable.

Souvent trop discret (peut-être à cause de la présence des protagonistes sur devant de scène), la dizaine de musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, comme le Cœur de l’Opéra, se sortent néanmoins très bien de la difficulté de suivre la direction d’orchestre de sur des écrans de téléviseurs.

Crédit photographique : © Bertrand Stofleth