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Messe en si pour le Messie

La magie de la musique de est qu’il nous semble la redécouvrir à chaque nouvelle audition : le disque nous y aide par une multitude d’approches, passionnantes pour la plupart. Et c’est bien le cas ici : une version de concert captée « d’oreilles de maître » par Michel Dehaye, un soir ensoleillé du printemps 1996, en cette magnifique abbaye de Mouzon, à l’acoustique chatoyante.

Ce qui frappe immédiatement, c’est la sérénité qui se dégage de cette interprétation : point de querelles romantico-baroqueuses, des solistes solides, un chœur aguerri aux difficultés de la partition, un orchestre souple et lucide, tous dirigés par un spécialiste du chant choral, , maître de chapelle et organiste de la cathédrale de Reims, venu là en voisin et en ami.

Bien sûr le génie de la partition nous plonge d’emblée dans une ambiance jubilatoire, dès le Kyrie. L’orchestre et le chœur chantent sur le même registre, avec un rare bonheur, portés par une vague immense qui nous envahit, telle la marée montante. Cette messe, l’une des dernières œuvres du cantor de Leipzig, reprenant d’autres pièces antérieures et remaniée à plusieurs reprises, offre cependant une unité assez miraculeuse. Pour un luthérien convaincu s’il en fût, Bach nous offre là sa messe catholique : la plus belle jamais écrite de tout le répertoire.

Signalons enfin le travail éditorial réalisé par une équipe de passionnés en pays Ardennais : une association « présence de l’abbatiale », avec un festival autour de l’orgue historique XVIIIe siècle construit par Moucherel et restitué par Formentelli. Grâce à eux, et leur chef de file Jean Philippe Gélu, ce lieu respire de vie et de musique, témoin cet album aujourd’hui présenté et produit « in situ », qui fait suite à un précédent consacré à l’art d’, sur son orgue de Reims, et dans l’attente de prochaines réalisations qui nous sont annoncés, (Passion selon Saint-Jean, et livre d’orgue de Nicolas de Grigny).

Pour l’heure, ce Bach n’a pas fini de nous réchauffer le cœur, et comme l’exprime le preneur de son : « C’était il y a plus de dix ans, la forêt ardennaise resplendissait, les colzas en fleurs tendaient sous le soleil de magnifiques tapis jaunes parmi les prés où la Meuse endormeuse de Charles Péguy passe en y coulant tout bas. Pour ce soleil de la musique de Bach, répondant à celui qui régnait au-dehors, Arsène, merci… ».