ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Sergiu Celibidache, l’hypnose des sons

, si hostile au disque, à la chance d’avoir été immortalisé en vidéo tout au long de sa très longue carrière. Le présent album est à ce titre fascinant car il propose un aperçu de la toute dernière manière du musicien. Filmé en 1992 (soit deux ans avant son décès) dans le cadre de la philharmonie de Cologne, ce concert témoigne des ralentis à l’extrême et du soin millimétré apporté aux nuances. C’est d’autant plus précieux qu’en termes de répertoire seuls le Boléro de Ravel et Ibéria de Debussy avaient été immortalisés par EMI dans le cadre de sa massive édition discographique dédiée au maestro.

Mais le menu servi ce soir par le chef et son orchestre nous emmène très loin dans l’imaginaire sonore. Celididache sculpte les moindres recoins du tissu orchestral faisant jaillir ça et là des éclairs de lumières, des timbres ensorcelants ou tirant des nuances infinies de ses musiciens. Ainsi les « parfums de la nuit » d’Iberia nous conduisent vraiment sous les étoiles espagnoles, l’imaginaire permettant de fournir une illustration matérielle aux songes suggérés par ce sorcier de la baguette. Certes, on évolue systématiquement aux frontières du décrochage, mais le chef sait se servir des ces ralentis pour créer des formes ou caresser certains phrasés avec sensualité et naturel comme dans une Alborada del Gracioso gorgée de mille couleurs ou dans un langoureux et évocateur Prélude à l’après midi d’un faune. Après tant d’hypnoses, on pourra regretter une certaine raideur dans le Boléro. Mais cette remarque ne doit pas atténuer l’immense joie que procure ce DVD à l’image du visage lumineux du vieil homme après les dernières mesures du Boléro.

Consciencieusement réalisé, avec une compétence glaciale, très germanique, la captation permet de voir un Celibidache économe de ses gestes qui sait faire surgir les moindres inflexions d’un micro mouvement de baguette ou d’un sourire.

Cette immense leçon de musique est, tout autant que les concerts de Carlos Kleiber, l’un des plus magistraux témoignages vidéographiques dans le domaine symphonique et certainement un étalon définitif en terme d’interprétation de la musique française.