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La musique du quatrième volet d’Indiana Jones !

Consort Records

Est-il utile de dire toute l’émotion que nous avons éprouvé lorsque nous avons reçu, une semaine avant la sortie internationale, ce disque encore tant attendu par tous les béophiles dans le monde entier? Quel tressaillement d’excitation mêlé d’inquiétude nous avons pu ressentir lorsque nous avons allumé sur le bouton « Play » de notre lecteur CD ?

Nous savons peu de choses d’Indiana Jones and the Kingdom Of The Crystal Skull. Quelques images, quelques anecdotes, un synopsis : « Dans les années 60, les Russes sont à la recherche d’un crâne de cristal qu’a longtemps recherché Indiana Jones »… Les distributeurs ont tant voulu conserver le mystère autour de ce film événement qu’aucune projection de presse n’a été organisée. Le film sera présenté en avant-première au Festival de Cannes ce dimanche 18 mai avant sa sortie mondiale quelques jours après. L’attente se fait de plus en plus pressante et la musique de ne fait que renforcer une impatience toute légitime. Autant dire que nous nous sentons vraiment comme des privilégiés. Nous ne préserverons pas plus longtemps le suspense : dense et magnifiquement orchestrée, beaucoup plus sombre que les précédents volets, le nouvel opus de , sans aucun doute le meilleur de la saga Indiana Jones, montre que le maestro est encore capable de se surpasser… Ce qui pour un compositeur d’un tel niveau relève de l’exploit. Sans surprise, le disque est introduit par la célèbre Raiders March, sifflée par des milliers de cinéphiles du monde entier, thème récurrent de la trilogie imaginée par Steven Spielberg. Aucun changement majeur si l’on se réfère à la partition éditée par Hal Leonard. L’interprétation est cependant plus claire, plus ample et met en valeur des conduites de voix qu’on entendait moins dans la version originelle.

Sans surprise toujours, la célébrissime mélodie épique chantée par les trompettes est distillée à la moindre occasion, parfois totalement revisitée, voire déconstruite, comme si Williams passait son temps à vouloir recomposer son thème. Dans l’ensemble, le disque alterne entre des morceaux mystérieux et inquiétants, parfois atonaux ou très chromatiques, de temps en temps déchirants, et le style filmique qui a fait la réputation de  : une écriture très dynamique, au plus proche de l’image : rythmiques effrénées aux cordes, appels vibrants aux cuivres, traits rapides aux bois, doublures de xylophones, glissandi ascendants aux flûtes, le tout sous la forme de questions réponses. Alors que nous pensions encore préservée la tradition musicale d’Indiana Jones, le morceau The Journey To Akator vient nous réveiller de notre torpeur. Sans prévenir, après une minute de musique orchestrale lumineuse, avec la reprise du thème, c’est de la musique latino qui prend le relais pendant deux minutes !

La créativité dont fait preuve John Williams sur cet opus force le respect et il serait vain de lister toutes les qualités qu’on peut trouver à Indiana Jones and the Kingdom Of The Crystal Skull. Le compositeur américain semble poursuivre ce qu’il avait déjà fait dans l’exceptionnel Harry Potter 3, et opérer une synthèse de tout ce qu’il a écrit jusque là pour Star Wars, War Of The Worlds, le plus méconnu Dracula, et j’en passe et des meilleurs….

John Williams tente ainsi de créer des ambiances très originales : associations instrumentales singulières, soli inattendus, sonorités surprenantes, parfois presque synthétiques, harmonies dissonantes à base de clusters. Ainsi le début de Grave Robbers surprend totalement dans ce contexte : une rythmique complexe, un piano préparé, des accords dissonants à la harpe, des bouts de mélodies sérielles distillés sporadiquement par une flûte et un violoncelle. Le reste du morceau est d’ailleurs très souvent bruitiste. Dans ces pièces comme dans d’autres, on n’a jamais ressenti une telle parenté entre ce que fait Williams et ce qu’a pu faire Goldsmith dans sa carrière.

Plus généralement, chaque morceau s’avère un chef d’œuvre, où la maîtrise d’écriture de John Williams trouve à se déployer dans toute sa splendeur. Aucune maladresse, aucun signe de faiblesse, aucun temps mort : la musique monte sans arrêt en puissance. Nous frissonnons d’un plaisir extrême lors de la deuxième partie de The Departure !

Le disque s’achève évidemment avec le Finale, suite récapitulative que l’on retrouve très fréquemment dans les musiques de film de Williams. Et pourtant ici, le compositeur introduit de nouveaux éléments, souvent inattendus : un accordéon (oui vous ne rêvez pas), des soli virtuoses de flûtes qui rappellent le Vol du Bourdon… Et lorsque le thème apparaît à la toute fin, ô surprise, c’est sous un nouveau jour, avec des nouveaux contrechants, des nouvelles variations…

Foisonnant, brillant, grandiose, les qualificatifs ne manquent pas. La nouvelle partition de John Williams pour Indiana Jones and the Kingdom Of The Crystal Skull s’annonce sans aucun doute comme l’un des grands évènements de l’année. Des retours aussi créatifs, on en souhaiterait tous les jours.