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Butterfly tout simplement sublime

Opéra de Montréal

La grande salle Wilfrid-Pelletier jouera à guichets fermés pour toutes les représentations de Madama Butterfly. Et samedi 7 juin, sur l’Esplanade de la Place des Arts, une projection en direct de l’opéra est prévue sur écran géant, sous les étoiles. Voilà qui est de bon augure. À la première, le public ne s’y est pas trompé, venu en grand nombre il a acclamé la détentrice du rôle. Longue ovation à la fin du spectacle pour Cio-Cio-San (ou ) qui le méritait pleinement. Elle nous a fait vivre des émotions fortes, sans minauderies, en restant vraie. Elle a conquis le public. Cette production est à marquer d’une pierre blanche.

La mise en scène classique de Moffatt Oxenbould possède les qualités essentielles d’être limpide et efficace. Les décors quelque peu aseptisés de Peter England nous renvoient à un Japon d’estampes sans tomber dans les clichés de pays merveilleux. Comme tableau, une terrasse avec plan d’eau, sur des niveaux exhaussés, un rez-de-dalle où déambulent tous les personnages. Voiles de soie, obi, éventail, tout l’attirail conventionnel sert la pièce. Les costumes de Russell Cohen aux couleurs tantôt crues, tantôt tendres, rajoutent à la dimension quelque peu unidimensionnelle des personnages sous des éclairages chatoyants ou sombres de Robert Bryan et Simon Tye. Atmosphère claustrée, isolement, longue attente et nuit interminable sont rendues avec justesse. Dans un ciel immobile noir de jais, tapissé d’étoiles, un couple amoureux attisé par l’amour, gravit les premières marches avant que le drame déchire les nues. Des serviteurs muets, sorte d’automates momifiés, prévenus du drame avant l’heure, obéissent aux ordres de leur maîtresse. Sont-ils vraiment nécessaires ? Ils sont plutôt encombrants.

Équipe très homogène où l’on retrouve en premier lieu, le ténor américain , solide lieutenant Pinkerton, à la voix lumineuse, – il s’investit totalement, de l’amoureux inconstant aux regrets amers de l’homme marié – c’est précisément lui que nous retrouvons dans le film de Frédéric Mitterrand. La mezzo-soprano canadienne Annamaria Popescu, formidable Susuki, toujours attentive à sa maîtresse, le baryton canadien , figure compatissante et paternelle en Sharpless et le ténor américain Jon Kolbet, dans le rôle équivoque de Goro. Alexandre Sylvestre en Yamadori, le prétendant éconduit, conserve toute la noblesse du personnage. Au-dessus de tout, la soprano japonaise , qui a forcément le physique de l’emploi, incarne une Butterfly forte et fragile à la fois, voix sublime aux mille nuances, doublée d’un jeu parfait, amante passionnée retrouvant par son dernier geste la destinée de son père. Une Butterfly comme on n’en a rarement vu à Montréal.

L’Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, sous la direction de leur chef Yannick Nézet Séguin, toujours attentif aux chanteurs, distille cette partition avec précision et éclat.

Crédit photographique : Yves Renaud

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