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Quand Beethoven se met à chanter religieusement pour la première fois…

Voici un CD enregistré en live consacré à des œuvres peu connues de Beethoven : la Cantate funèbre sur la Mort de l’empereur Joseph II et la Messe en ut.

La Cantate en sept parties fut composée en 1790 à la suite d’une commande d’Eulge Schneider. Ce professeur de Beethoven à l’université souhaitait en effet rendre hommage à la mémoire du « monarque éclairé » Joseph II. Pour des raisons inconnues, l’œuvre ne fut jamais interprétée du vivant du compositeur. Peut-être à cause de sa durée. La griffe du compositeur se reconnaît déjà aisément, et ce, tant dans l’orchestration que dans l’écriture harmonico-mélodique qui anticipent les compositions phares ultérieures telles que certaines symphonies aux accents tragiques, à l’instar de l’Héroïque ou de la 5e. Il faut dire que l’interprétation de l’orchestre de Montpellier Languedoc-Roussillon sous la dynamique direction de met bien en valeur les accents passionnés des cordes et des remarquables solistes – ah ! L’expressivité de la soprano – les ponctuations des cuivres et des bois, clairs et animés. Le chœur, sous la direction de ne reste pas en retrait. Il sait s’affirmer, et participe très largement à la grandeur douloureuse qui émane de cette œuvre très sensible du jeune compositeur. Pas un accent de trop, pas un crescendo trop discret. Tout est pesé, mesuré dans cette interprétation de qualité indéniable.

La Messe en ut est également une œuvre de commande qui émane cette fois du prince Nicolaus II Esterházy qui vise à palier le désistement du vieil Haydn en proie à des difficultés de santé en 1807. Ce qui pourrait paraître une chance au départ se révéla une immense déception pour le compositeur. En effet, le prince ne comprenait rien à la musique et jugea l’œuvre de Beethoven « insupportable, ridicule et détestable » et se dit « fâché et honteux ». Ulcéré, le jeune artiste quitta Eisenstadt. Car, même si l’influence de Haydn se retrouve dans cette première messe, certaines particularités beethoveniennes sont déjà éminemment présentes, comme l’a très justement souligné E. T. A. Hoffmann en pensant que le maître traduirait musicalement « la crainte profonde en contemplant les choses célestes » alors que, finalement, « la messe tout entière exhale un optimisme enfantin qui, par sa très véritable pureté, croit dévotement en la grâce de Dieu et en appelle à lui comme un père qui désire le meilleur pour ses enfants, et entend leurs prières. » Et l’orchestre, le chœur, les solistes et l’orgue de Montpellier de souligner la ferveur religieuse de cette œuvre trop méconnue avec une ardeur et des accents d’une inégale valeur, qui rendent cependant bien compte de ses aspirations spirituelles, globalement, à l’instar de l’angélique « Sanctus » dont l’intensité dramatique s’intensifie progressivement.

Un disque à découvrir et à réécouter.