- ResMusica - https://www.resmusica.com -

ONF-Masur : Intégrale Beethoven V et VI : Le National trouve son rythme au cœur du grand Beethoven

Abandonnant momentanément les concertos pour piano, le programme des deux concerts des 5 et 7 juillet affichait le sublime Concerto pour violon avec et l’original Triple concerto avec le célèbre . Côté symphonique, les deux chefs-d’œuvre créés le même soir de décembre 1808 (tout comme le Concerto n°4) complétaient le programme. Et si la réussite globale fut de haut niveau, le premier soir fut le plus impressionnant, en particulier dans une puissante Cinquième.

Comme de coutume, nous avons eu en apéritif deux ouvertures, toutes deux très réussies, avec une Coriolan à la fois puissante et narrative, servie par un National qui a conservé cette formidable homogénéité trouvée lors du concert IV, avec une couleur sombre qui sied bien à cette œuvre (et des contrebasses bien présentes créant les fondations du son beethovenien classique qui avait un peu manqué avant, en particulier dans les Leonore et l’« Héroïque »). Immense chef-d’œuvre de densité et de puissance concentrée, tout comme Egmont dont on peut regretter l’absence dans la programmation, cette remarquable Coriolan lançait la soirée sous les meilleurs auspices. De moindre envergure, l’ouverture Les Créatures de Prométhée n’en est pas moins du Beethoven et fut abordée avec la même application que les autres grandes ouvertures.

Les deux concertos apportèrent des sensations différentes, avec un orchestre ample, dynamique et animé dans le Concerto pour violon, mais restant plus sur la réserve dans le Triple concerto, sans jamais « emballer » le discours, alors qu’il y avait pourtant des occasions de le faire. donna de l’opus 61 une interprétation vivante et imaginative, peut être parfois un peu extérieure, spécialement dans le premier mouvement, où on a connue des moments de grâce plus intensément poétiques. Et alors que l’orchestre était d’une sobriété et d’une noblesse de ton à toute épreuve, le violoniste se laissait aller à des nuances de phrasés ou de tempo parfois un peu trop appuyées, usant ici où là d’un rubato manquant d’évidence, et de contrastes parfois trop marqués entre moment d’intimité, où il semblait jouer « pour l’orchestre », se lovant au cœur du premier rang des cordes (l’entendait on encore du haut du troisième balcon, pas sur), et d’intensité où il se tournait alors plus franchement vers le public. Cela a fini par donner un aspect discontinu à son discours, qui par ailleurs ne manquait pas d’attrait. Le Larghetto attaqué très lentement, s’écoula paisiblement, et le Rondo final mené rondement déclencha les applaudissements enthousiastes du public.

Le Triple concerto nous permit de retrouver « à la tête » du , dont il est l’âme depuis sa fondation. On pouvait le voir diriger ses compagnons de son clavier, en même temps qu’il donnait toute son importance à la partie de piano, qui, combinée à un relatif déficit d’intensité du violon de et du violoncelle d’, devenait expressivement primordiale alors que dans l’écriture elle est clairement la moins développée. Léger paradoxe en même temps que petite déception de l’interprétation de ce soir, que cette sous exploitation des parties de violon et violoncelle solo. Et comme l’orchestre restait beau mais un peu sage, il nous a manqué un soupçon d’intensité et de variété supplémentaire pour nous satisfaire pleinement. Cela n’a pas empêché les applaudissements appuyés du public qui allaient sans doute tout autant, si ce n’est plus, à pour toute l’histoire glorieuse du Beaux-Arts Trio que pour la performance du soir, et c’était fort mérité ainsi.

Nous avons retrouvé dans la Symphonie n°5 les qualités qui nous avaient emballés lors de l’exécution de la n°4 avec une formidable densité orchestrale, tous pupitres confondus, sans la moindre faille. Admirable National, dans une performance digne des plus grandes phalanges symphoniques actuelles. Si on cherche la « petite bête » on dira que Masur a préféré une version avançant régulièrement dans un tempo « classique » sans laisser les quelques silences qui apportent une respiration salvatrice dans cette musique monstrueusement dense. Par ailleurs l’utilisation systématique des reprises, ne nous a pas convaincus, en particulier dans les deux derniers mouvements, où cela s’est traduit par la sensation « d’un pas en arrière » brisant momentanément le formidable élan de ces mouvements. Mais à part ces quelques petits détails c’était de la très grande musique.

La Pastorale, comme toujours, s’est montré plus difficile à réussir pleinement. Attaqué a tempo, le premier mouvement s’est écoulé sans réellement se développer, dans un climat trop uniforme. Et là encore, la direction de Masur manquait un peu de respiration. Tout au long de cette symphonie, le chef n’a manifestement pas cherché l’originalité ou la nouveauté, si tant est que cela soit encore possible aujourd’hui, limitant les prises de risques par des tempi et phrasés assez classiques, assurant ainsi un résultat « robuste » plus que poétique, joyeux, lyrique, imaginatif, où les contrastes entre les mouvements étaient moins marqués qu’ils auraient du. Alors, même si l’orchestre a encore fourni une exécution de haut niveau, malgré un léger accroc au cor solo, cette interprétation restera pour nous moins convaincante que celles des deux précédentes symphonies.

Crédit photographique : – DR

(Visited 101 times, 1 visits today)