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Billy Budd décapant !

Quelle belle aventure que celle de ce Festival créé puis inauguré par John Crosby (1957) en plein désert nouveau-mexicain, devenu, bon an mal an, le must incontournable de l’été lyrique nord-américain ! On appréciera Santa Fe pour l’excellente qualité de ses spectacles (un mois de répétitions … qui dit mieux ??), ses créations (Berio, Eaton, Floyd, Lang, Picker, Villa-Lobos etc…), ses premières U.S. (Berg, Britten, Cavalli, Henze, Hindemith, Menotti, Reimann, Sallinen, Strauss, Stravinsky, Weill … j’en passe), ses voix, jeunes ou chevronnées. On l’appréciera aussi pour sa cuisine Southwest, les pueblos des environs, Santo Domingo, Taos ….

Cette nouvelle production de , torrentielle (orchestre) et grandiose (décors), vous frappe en plein nez, comme le poing d’un poids lourd ! On aime, on n’aime pas. On suit, on ne suit pas. Disons tout de go que l’homo-érotisme latent du texte est ici « travesti » en une homosexualité effrontément affichée (comportements, gestuelle… on parlait autrefois de gestes « déplacés »… attitudes, jeux). On saute alors de Peyrefitte (Roger) à Genet et, ce faisant, on dénature, on trahit Forster, Crozier et . Tout ceci dans les étonnants décors de Robert Innes Hopkins qui sait utiliser à plein cette opera house à ciel ouvert. Le spectateur est ainsi placé in medias res, sur le pont de l’ HMS Indomitable, face au ciel menaçant de Santa Fe, face au Jemez, au Sangre de Cristo, terres lointaines, que longe notre frégate ; il accompagne également ces hommes accrochés aux grands focs, aux gigantesques haubans (les mouvements de « foule » sont admirablement manœuvrés, les chœurs admirablement menés). L’orchestre, superbement dirigé par un récemment nommé Chief Conductor du Festival, déverse, lui, ravageur, à pleine eau, à gros flots, une partition parfois bruyante et ampoulée, souvent grosse de divins clairs-obscurs.

Dans ces décors monumentaux et imposants, un cast disons … brillant! Le Billy Budd du jeune , qui nous vient de Nouvelle-Zélande pour une solide prise de rôle, ne joue ni la niais ni le sot. Jeune, vierge, peut-être légèrement naïf (il serait alors le parfait Reine Tor), il est le bien, il est le beau. Son baryton chaud, suffisamment clair, si émouvant dans la scène qu’il partage avec Dansker (l’excellent Thomas Hammons) séduit, émeut. Egalement somptueux, le Novice juvénil, ardent, de , au ténor léger, haut placé ; le Flint de , vieil habitué du lieu, le Redburn de , convaincant, le Squeak de . incarne un Claggart indécent, retors, ignoble, incarne le salaud intégral. Son baryton-basse, solide et franc, accentue l’infâme et l’insolent, confronte Billy avec implacabilité. , qui aborde Vere pour la première fois, un Vere taraudé par la métaphysique, psychologiquement à vau-l’eau, son aigu, expressif et sincère, sa voix, robuste et corsée, traduisent, savamment chevillées, mille passions absolues….Décapant ! Bref, on l’aura compris, on ne sort pas indifférent de ce Billy Budd, et surtout pas indemne.

Crédit photographique : (Billy Budd) © Ken Howard