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Musiques pour violon seul du XXe siècle

Qu’on le veuille ou non, le répertoire pour violon seul est dominé par la figure tutélaire de Jean Sébastien Bach qui a laissé ces colossaux monuments de l’histoire de la musique que sont ses trois Sonates et ses trois Partitas pour violon seul sans basse, c’est-à-dire sans accompagnement. Ce n’était pas le premier à le faire, notamment en Allemagne, mais il a porté le genre à un tel niveau d’exigence de sa part en tant que compositeur (il fait du violon un instrument polyphonique), et de la part du violoniste en tant qu’interprète que tout musicien ayant souhaité relever le défi s’est positionné forcément par rapport à lui.

Heureusement pour nous, de grands noms ont tenté leur chance au XXe siècle et le violoniste belge nous propose ici l’enregistrement de quatre œuvres répondant à ce challenge et écrites par quatre compositeurs différents. Chronologiquement pour ce panorama, on peut remarquer qu’un quart de siècle sépare approximativement chacune des partitions. Pour commencer, nous propose une œuvre de jeunesse de très post-romantique avec un deuxième mouvement très inspiré de l’Été de Vivaldi et une fugue finale très guillerette. Changement radical d’atmosphère avec , pas vraiment réputé pour son côté boute-en-train. Sa Sonate est âpre et ne se laisse pas facilement apprivoiser mais elle n’en possède pas moins un fort pouvoir d’évocation. Pour continuer avec une pièce relativement plus familière, c’est la Sequenza VIII de Berio qui s’invite ensuite. Longue pièce d’un seul tenant directement inspirée de la Chaconne de la Partita en ré mineur de Bach, elle est ici magnifiquement interprétée. Pour finir, Aerts nous fait découvrir une pièce du compositeur malais qui, en quelque sorte, dresse le bilan technique de ce qu’il est possible de faire au violon, tant dans le domaine de l’intonation par l’emploi notamment des quarts de ton, que dans celui de l’expression par la multiplicité des positions ou des pressions de l’archet sur les cordes. Le petit quart d’heure de For another better world passe très vite.

Il fallait oser proposer un tel album, la formation instrumentale et le répertoire envisagés n’étant pas a priori des plus accrocheurs mais il faut saluer la belle performance de qui nous livre là un disque tout à la fois passionnant et déroutant, mais absolument jamais ennuyeux. Qui a dit que la musique contemporaine (au sens large) n’était qu’une affaire de spécialistes ?

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