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Hans Christian Lumbye (1810-1874) – un roi du divertissement au Danemark

Un certain XIXe siècle voulait s’amuser, oublier les tracas imposés par le quotidien, profiter de l’existence et de ses frivolités offertes par une société relativement permissive pour l’époque. Ces opportunités saisies à bras le corps par les plus favorisés contrastaient fortement avec les conditions d’existence des classes laborieuses auxquelles un tel accès demeurerait inaccessible la majeure partie du temps de leur existence.

Copenhague concentrait alors toutes les activités culturelles et artistiques du Danemark. Aucune autre ville danoise n’offrait d’occasions de cette ampleur. Elle était devenue le passage obligé sur la route de la reconnaissance, voire de la gloire, nationales. L’écrivain Hans Christian Andersen et le musicien Carl Nielsen emprunteront cette route. D’autres également même si leur histoire a sombré dans l’oubli de la mémoire collective.

La date de naissance de à Copenhague le 2 mai 1810 fait de lui un exact contemporain de Robert Schumann et de Frédéric Chopin, tandis que le grand Beethoven façonne alors sa merveilleuse Sonate pour piano en mi bémol, op. 81, connue sous le nom de « Les Adieux, l’Absence et le Retour ». Quelques mois plus tôt Joseph Haydn avait quitté ce monde à Vienne. Moment choisi par Beethoven pour confier au monde les destinées de son extraordinaire Concerto pour piano et orchestre en mi bémol également, le n° 5, universellement connu sous le titre de « L’Empereur ». Un année plus tard, Franz Liszt, promis à un destin hors du commun, faisait son apparition. Copenhague, aux yeux des monarchies continentales, devait paraître bien lointaine et provinciale, et de fait, la vie artistique et culturelle qui s’y déroulait n’avait rien des fastes étalés par les puissantes et fastueuses dynasties royales d’Europe occidentale. La vie politique danoise venait de connaître des évènements marquants. En septembre 1807 les Anglais avaient bombardé Copenhague et, entre 1807 et 1814, le Danemark avait participé aux guerres napoléoniennes aux côtés de la France. Et, en 1814, par le traité de Kiel, le Danemark avait cédé la Norvège à la Suède.

Le père de Hans Christian, militaire de carrière, emmène sa famille au gré de ses affectations. Ainsi les Lumbye vivent-ils pendant six années (1816-1822) à Randers (presqu’île du Jylland), le garçonnet y passant son enfance de l’âge de 6 à 12 ans. Là, il reçoit ses premières leçons de violon et de solfège grâce à l’organiste de la ville. Puis, mutation oblige, la famille s’installe à Odense, principale ville de l’île de Fionie en 1822 (Nielsen y naîtra à son tour trente trois ans plus tard). Le jeune garçon a l’opportunité de continuer à recevoir un enseignement auprès d’un musicien municipal. C’est à cette époque que deviennent évidentes les bonnes dispositions musicales de l’enfant. Par chance, se présente à lui une possibilité. Possibilité souvent saisie sans trop d’hésitation à l’époque (et après encore, puisque le jeune Carl Nielsen la saisira à son tour dans le même lieu). Celle de se faire enrôler dans la fanfare du régiment. Il n’existait alors, pour les fils de familles pauvres ou modestes, aucune autre solution de commencer une éventuelle carrière musicale. Il apprend la trompette et ses maigres émoluments lui permettent de vivre très chichement. A l’âge de dix neuf ans, quitte les provinces danoises et gagne la capitale, Copenhague. Nous sommes en 1829. Après plusieurs années d’études et de pratique instrumentale il peut se targuer de diverses étiquettes : violoniste, chef d’orchestre et enfin déjà compositeur. Une de ses requêtes se voit acceptée : il devient trompettiste dans la cavalerie de la garde de Copenhague et parfait dans le même temps sa formation musicale.

L’avenir semble autoriser un modeste optimisme, sans plus. Trois ans après ce changement (1832) il se marie. De cette union il aura deux fils nés en 1841 et 1843. La situation financière du jeune marié bientôt père de famille n’est pas florissante et il devient évident que gagner davantage d’argent apparaît comme un impératif incontournable. La chance vient à la rescousse, comme bien souvent, par hasard et opportunité. Un homme influent, Carl Füssel, s’occupait de l’organisation d’une grande partie de la vie musicale de la capitale. Percevant sans doute le potentiel du jeune homme, il l’engage comme apprenti, puis, satisfait de sa recrue, lui confie la direction d’instrumentistes de l’orchestre de la ville de Copenhague dont il gérait l’emploi du temps en leur confiant des programmes dans les bals de la bonne société et lors de concerts de la fanfare municipale.

Déjà, Lumbye compose des marches militaires et des danses qui, tout le monde le remarque, Füssel le premier, charment étonnamment le public. Sa réputation balbutiante s’amplifie progressivement. Plusieurs de ses collègues l’entourent, lui font confiance et jouent sa musique qu’ils apprécient de plus en plus. Une dizaine d’années après son arrivée discrète à Copenhague (en 1839) il écoute un orchestre autrichien en tournée. Il s’agit de la Société musicale Steirmark de Vienne placée sous la direction de W. Siegl. Au programme des œuvres de Joseph Lanner et de Johann Strauss père. C’est en quelque sorte une véritable révélation. L’influence s’avèrera profonde et très durable.

Le concert se déroule en plein centre ville à l’Hôtel Raus (aujourd’hui le célèbre Hôtel d’Angleterre situé face au Théâtre royal de l’autre côté de la célèbre place Kongens Nytorv). Les auditeurs découvrent une musique toute de légèreté, de brillant, dansante, pleine de bonne humeur communicative. Voilà qui est tout nouveau. Voilà qui fascine et ravit. Dans la foulée de l’événement Hans Christian se met à composer dans le même esprit festif, dans la même veine divertissante. Avant cela, il aura joué et répété les airs entendus sur son violon, les aura mémorisés et intégrés. Puis, avec ses musiciens les plus proches il les joue et rejoue sans cesse dans une salle de la caserne normalement réservée à la pratique de l’escrime.

Lumbye et son entourage musical, soucieux de ne pas compromettre leur aura naissante auprès de leur auditoire habituel, s’inquiètent de la réaction de leur public populaire. Ils décident de tester ses réactions en proposant leur nouveau style aux habitués des brasseries, des théâtres de variétés et de divers lieux de divertissement qui se développent un peu partout dans la capitale à cette époque. Le public réagit positivement. Et plus encore ! Un impératif s’impose : occuper le créneau par un événement susceptible de marquer les esprits et d’assurer rapidement la réputation à laquelle aspirent légitimement Lumbye et ses compagnons. Dès 1830, c’est chose faite. Hans Christian Lumbye fonde son propre orchestre, fort de vingt membres, qu’il dirige et auquel il propose de défendre la musique de danse directement inspirée de la manière de Johann Strauss. Plus, il s’engage à fournir ses propres compositions. Il a trente ans et ne manque ni de culot ni de talent. La suite le confirmera d’éclatante manière. Il projette de donner des concerts de ses propres partitions et qu’il intitulera, en français : « Concerts à la Strauss ».

Après une période sans festivité, décidée lors de la mort du roi Frederick VI survenue le 2 décembre 1839, la vie reprend son cours et une certaine société ne demande qu’à profiter de nouveau des frivolités et des plaisirs de l’existence. Lumbye annonce dans le journal Adresseavisen la programmation d’un concert pour le 5 décembre 1839 dans la salle de l’Hôtel d’Angleterre, un établissement très à la mode en plein centre de Copenhague. Annulé pour cause de deuil national l’événement n’aura lieu que le 4 février 1840 et s’accompagnera d’un grand triomphe. Logiquement s’ensuivent six autres concerts au cours de ce même hiver. Les auditeurs de ce premier concert entendirent des musiques de Strauss et de Lanner mais aussi une pièce de Hans Christian Lumbye lui-même intitulée, non sans ambition, La Valse du Danemark rassemblant habilement des traits viennois et danois.

En un rien de temps le nom de Lumbye au Danemark devient célèbre et égale largement en réputation ses devanciers autrichiens. Sa renommée s’amplifie encore du fait de ses contrats avec de nombreux théâtres et autres lieux d’amusement où il assure la vedette avec son violon, dirigeant de sa place de soliste, proposant sa propre musique avec son propre orchestre. La popularité, au meilleur sens du terme, d’abord essentiellement au Danemark, puis aussi dans les autres pays scandinaves, la récompense suprême, est solidement installée.

Lumbye compose des dizaines de partitions principalement centrées sur le plaisir immédiat offert à ses auditeurs. C’est dire que les évènements de la vie sociale et le jeu des dédicaces constituent une véritable chronique des faits de toute nature ponctuant la bonne société. Presque un calendrier en quelque sorte. Une sorte de bottin mondain des plus intéressants aidant à nous faire revivre de multiples épisodes totalement et définitivement oubliés autrement. Quel type de musique élabore-t-il alors ? Sa manière repose sur l’invention de belles mélodies chantantes, dansantes, paraissant presque naturelles et promptes à entraîner l’auditeur dans le tourbillon de la légèreté et de la superficialité. Ainsi Hans Christian Lumbye occupe-t-il une place de premier plan dans cette période fastueuse que l’on a qualifiée, non sans raison, L’Age d’Or de la Musique Danoise.

Au Danemark vit l’un des plus fameux chorégraphes de son époque. August Bournonville. Une collaboration s’instaure entre le musicien et le chorégraphe. Le premier fournissant des partitions destinées au ballet se produisant au Théâtre royal de Copenhague. Initialement c’est l’homme de la danse qui le contacte et lui commande un grand galop final pour son ballet Napoli, œuvre très bien faite et très populaire. Ayant entendu parler du phénomène, il quitte un jour le Théâtre royal, traverse la place et se rend à l’Hôtel d’Angleterre pour se rendre compte par lui-même. Conquis il cherche la collaboration et les deux hommes se lient durablement d’amitié.

Voilà maintenant trois années que Lumbye exerce en indépendant. Son succès est reconnu par tous. Il lui faut franchir une étape supplémentaire et conquérir davantage de monde. Le seul moyen d’y parvenir est de jouer face à un public plus nombreux et partant plus populaire. Cela devient possible en cette année 1843 avec l’ouverture à sa formation des Jardins de Tivoli, parc d’attraction extrêmement visité situé au centre de la capitale. Hans Christian Lumbye et ses musiciens allaient s’y produire d’innombrables fois et y connaître une authentique et durable gloire. En relativement peu de temps Lumbye accède au rang de gloire nationale, de légende vivante. Le directeur musical Lumbye y travaillera de 1843 à 1872 soit presque une trentaine d’années (en gros de l’âge de 33 ans à celui de 62 ans !). On l’aime, on apprécie sa musique, on adore ses spectacles, on parle de lui, voilà comme naissent les idoles ! Le Tivoli devient vite le principal lieu d’activité de notre musicien. Tous les soirs sont proposés des divertissements de toutes sortes. La musique y joue un rôle de vedette. Lumbye se met au pupitre ou du moins se place à la tête de plusieurs formations. On trouve un orchestre constitué de 24 membres, une fanfare forte de 17 instrumentistes, un petit orchestre de théâtre de 8 personnes et un petit ensemble à vent destiné au carrousel fort de 6 individus. C’est dire si le nombre de prestations effectives est vite devenu incalculable. Il dirige principalement ses propres partitions mais pas exclusivement. Mais il lui arrive aussi d’assurer la direction régulière de concerts de musiques symphoniques faisant appel aux chefs-d’œuvre de Beethoven, Schubert et des autres compositeurs dits classiques. Si précocement qu’en 1845 il met à son répertoire l’Ouverture d’Egmont de Beethoven, l’Ouverture d’Iphigénie en Tauride de Gluck, les Souvenirs d’Ossian de Niels Gade (de sept ans plus jeune que lui), une ouverture célèbre en Scandinavie et en Allemagne. Il aborde ultérieurement le genre symphonique lui-même en commençant par diriger le Finale d’une symphonie de Ferdinand Ries, puis une autre fois le Menuet de la même œuvre et enfin toute l’œuvre lors du concert du 13 juin 1846. Le public suit. Encouragé, il s’attaque alors aux merveilleux corpus symphoniques de Mozart, de Beethoven et de Schubert.

Quel beau parcours ! Le public, son public, raffole sans lassitude aucune de ses valses, galops, marches et autre pièces de divertissement. Les nouvelles danses, comme les polkas, polkas-mazurkas, valses lentes, bostons… se voient réclamées puis plébiscitées en permanence. Il compose sans relâche afin de satisfaire la demande. On imagine la pression incessante pesant sur ses épaules. Soucieux de ne pas se démoder, craignant de louper des nouveautés il se rend dans divers grands centres musicaux et mondains européens. Profitant par exemple de la fermeture prolongée des jardins du Tivoli, il en profite pour organiser, grâce à une subvention du roi Christian VIII, une grande tournée d’études à l’étranger. Il visite ainsi trois villes magiques et emplies d’aura, à savoir Paris, Vienne et Berlin. Il donne aussi plusieurs concerts à Hambourg. Plus tard, fort de son succès, il fait de nombreuses tournées de concerts dans les provinces danoises. Sa gloire s’en trouve encore majorée. Il se produit aussi dans des villes prestigieuses comme Paris, Hambourg, Berlin, Vienne mais encore Saint-Pétersbourg et Stockholm. Partout les applaudissements fusent. Sa musique rencontrent très régulièrement un franc succès. Sa prestance et la qualité de ses spectacles représentent même une sérieuse concurrence pour les compositeurs viennois eux-mêmes.

Il est intéressant et plus parlant d’indiquer le programme exact d’un concert, par exemple celui du 27 mai 1844. Voilà ce que purent entendre les auditeurs ce soir là. L’Ouverture de Don Juan (Mozart), Die Schönbrunner, valse et Nymphen, galop (Lanner), Neuer Immeergrün, galop (Labisften), Bruder Zugtig, valse et Lorden, Rhien et Klänge, valses (Strauss), Quadrille (Mufard), Locomotive walzer (Gungl). Et de Lumbye lui-même : Johanne Louise, valse, Rutfehbane, galop et Caroline, polka.

Lors de l’ouverture de la nouvelle bâtisse à Tivoli (raison de la fermeture prolongée évoquée plus haut), le 10 mai 1845, Hans Christian Lumbye monte sur le podium et dirige son orchestre. Il propose à son public enthousiaste les nouvelles œuvres composées pendant son récent voyage. De cette période date une de ses œuvres les plus célèbres, connue dans le monde entier, le Champagne Galop. Au cours des saisons suivantes il présente un grand nombre de musiques qui vont assurer la pérennité de son succès populaire. Citons simplement les inoubliables : Tableaux de rêves (Drømme billeder) en 1846, le Galop du chemin de fer de Copenhague, en 1847, la Polonaise avec solo de cornet à piston, la Valse pour Amélie (1849)…

En 1850, il signe un contrat de cinq mois à Saint-Pétersbourg. Un de ses brillants adjoints assure la direction de l’orchestre à Copenhague tandis que lui-même, avec ses meilleures partitions sous le bras, va charmer le public russe qui se précipite et applaudit à tout rompre lors de toutes ses apparitions publiques. Là, il dirige sa propre musique évidemment et encore des pièces de musique légère très à la mode de Joseph Gungl, Joseph Labitzky, Pilipp Fahrbach et de l’inévitable Johann Strauss. Ce séjour se passe au mieux et lui confirme combien est grande et réelle sa gloire européenne. Il compose plusieurs pièces dont la Polka de la Dame de Pétersbourg et le Galop champagne pétersbourgeois. Il dédie l’une de ses marches récentes au tsar lors d’un concert donné à Peterhof, sa résidence d’été. Son spectacle s’achève comme il le fait traditionnellement par un Salut : Mon salut à Saint Pétersbourg. Une belle musique pleine d’effets. En réalité, en cette occasion précise, Lumbye retraite, par manque de temps, une œuvre antérieure baptisée Marche pour la garde civile danoise de 1848). Qu’importe !Tout le monde jubile.

Dans le cadre de cette courte présentation il n’est pas possible de présenter toutes les partitions de Lumbye, mais chacune, de par son titre, son origine et sa dédicace illustre un pan de la vie musicale, politique et sociale qui entourait Lumbye et ses contemporains. Polka Britta (1864, dédiée à une personne très connue de la société danoise du temps), Valse de la Reine Louise de 1869 (d’autres membres de la famille royale recevront à leur tour diverses dédicaces), Salut à Auguste Bournonville, Galop final des Gardes du corps d’Amager….

Plusieurs réalisations diffèrent quelque peu en se rapprochant du concert classique. On pense par exemple à la Polka-mazurka Colombine (1862) et à la Polka de concert pour deux violons (1863). Cette dernière musique est dédiée à ses deux fils, Georg et Carl. Lumbye dirige en création les trois derniers mouvements de l’unique Symphonie en do mineur d’Edvard Grieg, toujours à Tivoli le 4 mai 1864.

De nombreuses années encore Hans Christian Lumbye consolidera son empire faisant montre d’une remarquable énergie, d’une volonté farouche et d’une intelligence rare. Administrateur, chef d’orchestre, compositeur et figure centrale de la vie sociale copenhaguoise, il marque assurément son époque qu’il colore de bonne humeur et d’optimisme. Les saisons passent, il poursuit sa tâche quotidienne harassante, connaît le surmenage, joue aux Jardins de Tivoli l’été, donne des concerts dans d’autres salles l’hiver, effectue à l’occasion des tournées au Danemark et à Hambourg.

En 1872 (il a alors 62 ans) il abandonne son poste de directeur musical des Jardins du Tivoli et, en définitive, donne sa dernière interprétation de son fameux Galop Champagne en mai 1873. Lorsque Hans Christian Lumbye décède le 20 mars 1874, à l’âge de 64 ans, Carl Nielsen n’a que neuf ans. Un monde plaisant, éclairé de mille feux, étincelant de mille lumières, un monde soucieux de passer outre, ne fusse que le temps d’une danse, aux affres de l’existence concrète de pauvres mortels, disparaît définitivement avec lui. Néanmoins, la société danoise se souviendra encore longtemps de Hans Christian Lumbye, grâce notamment aux fidèles programmations de sa musique de divertissement au temple de Tivoli en plein centre de Copenhague. Le plus populaire de tous les musiciens danois méritait amplement cette reconnaissance posthume que l’enregistrement aujourd’hui contribue à faire perdurer pour la plus grande satisfaction de tous. Les deux fils de Lumbye, Carl (1841-1910) et Georg (1843-1922), eux-mêmes musiciens continuèrent l’œuvre de Hans Christian en assurant la direction de l’orchestre qu’il avait créé bien des années auparavant.