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Le Klemperer d’avant

est passé à l’histoire comme un vieux géant monolithique dictant à des orchestres médusés des interprétations lentissimes des grands chefs d’œuvres du romantisme musical. Mais c’est oublier un peu vite que ce chef fut dans son jeune temps, un champion de l’avant-garde et un chef plutôt sanguin. Dans sa série «Great Conductors», le label Naxos remet à notre disposition des témoignages de la fin des années 1920. Rien d’inconnu sur le fond car ces galettes furent disponibles chez différents éditeurs, mais dans des conditions de restauration bien moins satisfaisantes !

La symphonie n°1 qui ouvre ce plantureux disque commence assez lentement et avec majesté. Mais dès l’Allegro, le chef impose un Brahms sanguin, avec un vibrato réduit et une articulation courte. L’orchestre de l’opéra de Berlin lui offre des teintes velourées et un galbe chaleureux assez saisissants. Dès lors, ce Brahms «moderne» abandonne le drame mythique pour imposer une tension et une énergie de tous les instants. L’Ouverture pour une fête académique est toute aussi entraînée dans une transe aussi virevoltante qu’échevelée.

Quant au prélude de Tristan et Isolde de Wagner, il est placé sous le signe de la rage avec un impact torrentiel des climax. Après ces dix minutes de folie, Siegfried Idyll en paraît même indécente de sobriété.

Le brillant repiquage Naxos impose cette réédition comme un grand moment de musique et une pierre angulaire de l’Art de la direction d’orchestre.

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