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Renée Fleming revisite les «Vier letzte Lieder»

En 1995, est au début de sa carrière discographique. Avec un culot extraordinaire, sautant les étapes de toutes cantatrices qui veulent que leurs premiers disques soient dédiés à Mozart ou à Schubert, elle s’attaque aux légendaires Vier letzte Lieder avec la complicité du Houston Symphony Orchestra sous la direction de Christoph Eschenbach. L’enregistrement rencontre un beau succès tant auprès du public que de la critique. Treize ans plus tard s’offre un «remake» de ce pilier du lieder.

Qu’est-ce qui a poussé la diva américaine à regraver un enregistrement qui déjà figurait comme une référence de l’œuvre ? Comme elle l’explique elle-même dans le livret accompagnant ce nouvel album, «c’est un luxe rare que de pouvoir enregistrer deux fois une œuvre aussi légendaire». Si Elisabeth Schwarzkopf avait bénéficié d’un cadeau identique, à l’écoute, les deux versions de la soprano allemande ne divergent pas beaucoup l’une de l’autre. Dans le cas de Renée Fleming, elle s’invite dans un monde totalement différent de celui qu’elle hantait dans son premier enregistrement. Pris sur un tempo plus rapide que dans la version de 1995 (près de deux minutes en moins), l’aboutissement émotionnel n’en n’est pas moins bouleversant. Avec une voix s’étant sensiblement assombrie, Renée Fleming s’imprègne de la prosodie du poème pour en extraire des accents d’un dramatisme époustouflant. Quelle intensité, quelle profondeur, quelle expressivité dans son Im dämmringen Grüften initial. Avec des graves qui donnent la chair de poule, elle nous fait pénétrer dans la froideur et l’humidité angoissantes des «caveaux crépusculaires» du poème d’Hermann Hesse. Avec l’audace de vouloir exprimer les mots avant même de peaufiner la voix, Renée Fleming signe ici une nouvelle référence de l’œuvre straussienne. Si à bientôt cinquante ans, la soprano américaine fait preuve d’une superbe santé vocale, c’est l’intelligence de sa conception dramatique qui convainc. Une conception qui ne manquera pas de titiller les traditionalistes mais qui enchantera les amateurs de relectures car son approche réaliste s’éloigne radicalement de la sophistication éthérée d’une Schwarzkopf ou autre Janowitz. à la tête d’un magnifique Münchner Philarmoniker joue le jeu de la diva et ne ménage pas son ardeur, ni son lyrisme pour souligner la beauté de ces pages mythiques.

Ne seraient-ce que pour ces Vier letzte Lieder, l’achat de cet album s’impose. Mais comment ne pas s’extasier aux sons d’Ariadne chantant Ach ! Wo war ich ? Tot ? Quelle voix, quels aigus, quel phrasé, quelle inspiration ! On pense avoir touché au sublime quand son Ein Schönes war vous emmène plus haut encore dans un Es gibt ein Reich d’un autre monde.

S’affirmant comme l’une des plus grandes straussiennes actuelles, Renée Fleming s’enfuit du paraître d’une carrière et d’un professionnalisme de rigueur pour être dans la musique de toute son âme. Et quoi de plus enthousiasmant que la musique de pour une voix de femme ?

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