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New York City Ballet : quatre chorégraphes pour un ballet

Le New York City Ballet, l’une des plus illustres compagnies américaines de danse classique, a été l’invité deux semaines durant de l’Opéra national de Paris.

Le troisième programme Balanchine/Martins/Wheeldon/Robbins permettait de voir des pièces de quatre chorégraphes qui ont successivement marqué la compagnie. De , fondateur du New York City Ballet en 1948 à et , qui lui succèdent à sa mort en 1983, en passant par , chorégraphe résident de 2001 à 2008.

Duo concertant, célébration balanchinienne de l’union de la musique et de la danse, fait l’objet d’une interprétation remarquable, toute en souplesse et en délicatesse. Enjoués et complices, Yvonne Borree et Robert Fairchild sont deux des partenaires d’un quatuor déjà composé d’un violon et d’un piano. Robert Marshall, léger et bondissant, et sa partenaire, mutine et souriante, donnent à cette pièce une touche américaine qui rappelle les personnages principaux du chef d’œuvre de Truman Capote Petit-déjeuner chez Tiffany. Un petit bijou !

Hallelujah Junction est un ballet graphique en noir et blanc. Construit au cordeau, il ne relève pas d’une grande créativité dans son vocabulaire chorégraphique. C’est une danse assez brillante, un peu arrogante, avec de nombreux ports de bras rigides qui donne de la compagnie une image lisse et ultra-technique. a collé de trop près la partition minimaliste de John Adams, jouée en fond de scène sur deux pianos face à face.

After the Rain – pas de deux de est inspiré d’une partition très célèbre d’Arvo Pärt, «Spiegel im Spiegel». Une femme maigre et osseuse, Wendy Whelan et un homme très musclé, Craig Hall, l’incarnent avec engagement et sincérité. C’est un duo étrange et puissant, d’où émerge une grande douceur et beaucoup de paix. Les accents mélancoliques de la musique conduisent rapidement le spectateur vers l’émotion.

Enfin, chef d’œuvre de la soirée, Dances at a Gathering est une pièce juvénile et primesautière, inspirée par Chopin, jusque dans ses accents les plus folkloriques. Colorée, légère et très marquée par le marivaudage et les sentiments amoureux, la chorégraphie fait preuve d’un grand raffinement. Solos et duos de présentation plutôt vifs et toniques cèdent la place à un sextuor inspiré. La finesse d’un trio féminin évoque alors la nostalgie d’une soirée d’été. Cette longue pièce de solistes réserve une belle part à l’interprétation de danseurs tantôt mutins et rieurs, comme Yvonne Borree, grande découverte de la soirée ou Joaquim De Luz, véritablement suspendu dans l’air. Quand l’orage gronde, les interprètes s’emballent, puis s’apaisent sur le Nocturne op. 15 n°1 final. La vision de ce groupe qui fixe le ciel est toujours aussi saisissante, que lors de la création, il y a près d’un demi-siècle …

Crédit photographique : Benjamin Millepied dans Hallelujah Junction © Paul Kolnik

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