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Mahler 7 par Gergiev, une grande musique de nuit

Dans un monde hérissé de bornes et de règlements, seuls les itinéraires empruntant un cap original permettent d’échapper aux poncifs et œillades. Une voie permettant de réévaluer ce que la majorité somnolente ou les décideurs décrètent comme loi intangible. De quoi en somme renouveler l’exécution pour les uns et l’écoute pour les autres des plus grands chefs-d’œuvre de la musique dite sérieuse. Le chef russe , tempétueux, fougueux, extravagant parfois et virtuose souvent compte parmi les premiers. En quelques années il a su conquérir des salles entières et des classes sociales fort différentes comblant de la sorte les seconds. Génialement, il embrasse goulûment moult partitions, les revisite et les restitue sans compromission ni aseptisation au filtre de sa personnalité. Pour autant, domine chez Gergiev le respect de la partition et de son auteur. Une certaine rage en plus. Tout ceci vaut pour la Symphonie n° 7 de . Lecture engagée et précédée par une incandescente Symphonie n°6 largement plébiscitée par la presse spécialisée.

On retrouve une nouvelle fois l’Orchestre symphonique de Londres dont les individualités et les pupitres vivent manifestement une aventure exaltante. Ils transcendent sans conteste leur routine tant est irrésistible l’impulsion survoltée dispensée par le chef. On a pu à l’occasion lui reprocher une hyperactivité brouillonne, des choix interprétatifs discutables ou encore une rigueur approximative. Présentement, ces défauts semblent maîtrisés et la Symphonie n° 7 sauvée des qualificatifs péjoratifs. Plus, cette lecture constitue selon nous un idéal pour une première approche qui lui amènera un public plutôt mince alors qu’elle renferme un premier mouvement splendide et parfaitement structuré nommé Langsam (Adagio)-Allegro con fuoco se déroulant dans l’esprit de la Symphonie Tragique, la précédente dans le catalogue Mahler. Les deux Nachtmusik (Musique de nuit) contrastés (l’une étant une marche lente perturbée par une fanfare lointaine et fantomatique, l’autre distillant un charme digne d’une sérénade ensoleillée avec en prime guitare et mandoline) encadrent un scherzo sauvage et sidérant, parfois grotesque, parfois prenant la forme d’une valse distordue. Le dernier mouvement Rondo-Finale amène lui plus d’ambiguïté et de complexité conférant à cette symphonie en mi mineur de 1904-05 matière à réflexion et à découverte à travers sa structure tourmentée, futuriste et subtile.

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