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Dépité par de Putter

Un des grands bonheurs de tout chroniqueur régulier officiant pour ResMusica est de recevoir un colis contenant des disques. Parfois, le risque est d’être confronté, sans pouvoir y échapper, à des o. m. n. i. * dont il ne soupçonnait même pas l’existence.

L’o. m. n. i. du jour est belge et c’est son droit. Il s’agit d’un CD regroupant trois œuvres dues au compositeur dont la (brève) notice wikipédiesque nous apprend qu’il joue du piano et du luth renaissance, qu’il travaille beaucoup dans le monde de l’image et qu’il poursuit un questionnement sur le thème de l’identité. Cela vous fixe un homme, de tels renseignements aussi essentiels, vous ne trouvez pas ? Mais le principal est la musique et le disque débute par Jour et Nuit, pièce en deux parties d’après – vous l’auriez deviné – Night and Day de Cole Porter et le non moins célèbre Love for sale du même. Il s’agit, d’après la notice, d’une «improvisation ralentie, écrite et spéculative qui anamorphose deux éclats de … [ces chansons], comme deux aspects antinomiques de la passion amoureuse». Si on veut, mais cela laisse son auditeur, pourtant très attentif et dépourvu de préjugé, de marbre car le fouillis pianistique nerveux qui parcourt la pièce et qui dure en tout dix bonnes minutes est assez neutre voire lassant à la longue et ne donne pas envie d’y retourner. Déception.

On se dit «c’est le début, attendons la suite». Il s’agit de Orlane-Cabaret pour voix d’homme et piano sur des textes de Isabelle Bats, Geneviève Bergé, René de Ceccatty, Caroline Lamarche, Stéphane Lambert, Etienne Leclercq, Herman Melville, Laurence Vielle et William B. Yeats. Du monde connu et inconnu se côtoie dans de petits poèmes, dont certains écrits exprès, qui sont mis en musique et qui sont ici chantés par . Malheureusement, tout le monde n’est pas capable d’écrire de petites miniatures qui font mouche et, visiblement, se cherche encore dans ce domaine. On entend des bribes d’influences les plus diverses qui vont de Schœnberg à Michel Legrand en passant par les clichés les plus tocs de la variété. Côté interprétation, le baryton impliqué chante faux la plupart du temps (promis !) car il est en décalage permanent, sur une même note, avec le piano qui double souvent la mélodie. Ratage complet ; cela arrive aux meilleurs.

Pour finir, après les deux premières œuvres qui ne nous ont pas franchement emballés, l’auditeur a le droit d’être méfiant sur la fin de l’album. Contre toute attente, les huit pièces pour piano de Eclipse Sound sont plutôt réussies et bien jouées par . Il s’agit de petites études contrapuntiques sans prétention mais bien inspirées, écrites dans un style tonal élargi très efficace. Il est dommage d’avoir à attendre la fin de ce disque pour écouter enfin de la (bonne) musique car Renaud de Putter nous a prouvé avec ces dernières œuvres qu’il savait en écrire. Disque raté dans l’ensemble mais compositeur à suivre.

*o. m. n. i. : objets musicaux non identifiés

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