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Dominique Preschez, les imaginations d’un poète de l’orgue

«Beklemnt» (oppressé !), cri lancé par Beethoven et noté sur la partition du quatrième mouvement de son Quatuor n°13 en si bémol majeur, titre qui convient parfaitement à cet album filmé en grande partie en situation de concert à Saint-Eustache à Paris. est un poète, tour à tour écrivain (une vingtaine d’ouvrages) et musicien, ce double DVD permettant avant tout de faire sa connaissance.

Le deuxième DVD explore sa personnalité au travers d’interviews (longue promenade sur la superbe plage de Deauville), et de rencontres autour de ses instruments préférés : le piano et l’orgue. Titulaire de l’orgue de l’église Saint-Augustin à Deauville depuis 1994, il se consacre désormais à la composition, enregistrant ses œuvres pour orchestre, chœur et orgue, ou de musique de chambre. Mais intéressons nous à l’essentiel de cette parution, le concert à Saint-Eustache, objet du premier DVD. L’église est alors ornée devant le grand buffet d’orgue d’une composition sculpturale et lumineuse de Kiss Visser. A ce propos improvise en fin de récital en évoquant cette œuvre, se laissant guider par son intuition visuelle : climat rêveur, étrange, voire féerique, réunissant couleurs et timbres. Le début du concert nous propose, rien moins que l’intégralité de la Symphonie n°5 de Ludwig van Beethoven, transcrite à l’orgue par Dominique Preschez. Evidemment, l’instrument de Saint-Eustache se prête à merveille à ce genre d’exercice, de nombreux exemples entendus par les habitués des concerts en sont la preuve. L’organiste est concentré, sous pression (Belklemnt), mais parvient malgré quelques approximations techniques inhérentes au direct, à vivre pleinement cette œuvre monumentale. Se substituer ainsi à tout un orchestre symphonique n’est pas chose aisée, mais la machine-orgue de Saint-Eustache, bardée de systèmes électroniques facilitant la mise en mémoire d’une infinité de registrations, réagit bien, soutient et libère l’organiste. Attrayante pour le public, la console de nef, mobile, et placée au pied du buffet, permet de suivre le jeu de l’organiste, un «plus» indéniable que justifie ici le support DVD.

La suite du programme nous propose Mozart et Vivaldi, arrangés une nouvelle fois, et en partie improvisés aussi. Nous sommes tout à fait dans l’optique de , le maître des lieux, dans cet art éblouissant de la transcription, de l’arrangement, de l’amélioration, j’allais dire ! En témoignage de reconnaissance, Dominique Preschez improvise sur les lettres du nom , devenues notes de musique. Vibrant hommage à ce grand monsieur sur son propre orgue. Cet album est une belle carte de visite, nous entraînant dans les recherches, les délires parfois, d’un poète de l’orgue, guidé par son inspiration et son imagination.