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Les Enfants du paradis : le remake de José Martinez

fait le pari d’une mise en scène chorégraphiée pour donner vie au chef d’œuvre de Marcel Carné, le film Les enfants du paradis. Un remake qui remet la pantomime au goût du jour et réserve de savoureux seconds rôles aux danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, mais qui n’est pas à la hauteur du film.

Un rôle pour tous, tel était le souhait de pour incarner la foule de badauds des grands boulevards ainsi que l’avait filmé Marcel Carné. Une foule vivante, parcourant l’avant scène ou se massant à l’arrière scène pour regarder les bateleurs juchés sur leurs tréteaux. Vivante au point que le chorégraphe est contraint d’utiliser l’arrêt sur image pour immobiliser la foule et en détacher le bandit Lacenaire dérobant la montre d’un bourgeois. Il en profite pour camper des seconds rôles dignes du cinéma français d’après-guerre, comme la tenancière de la pension, Madame Hermine, incarnée par Caroline Bance, ou Nathalie, la future femme de Baptiste, aimante et jalouse, dansée par Muriel Zusperrguy.

Une fois le décor planté, l’intrigue – bien mince au demeurant – peut se dérouler. Et c’est là le premier écueil du spectacle… L’histoire d’amour contrarié de Baptiste, le pierrot lunaire, et de Garance, la belle et mystérieuse comédienne, délestée des dialogues de Prévert et du talent des comédiens de Carné, ne suscite pas l’intérêt. José Martinez la raconte au premier degré, respectant scrupuleusement le déroulement du scénario original. Certes, les décors sont superbes, jouant habilement du théâtre dans le théâtre, la mise en scène est parfois astucieuse, utilisant les loges d’avant-scène ou le grand escalier de l’Opéra Garnier pour servir son propos. , de son côté, a conçu des costumes d’une exactitude scrupuleuse et d’un grand raffinement. Mais José Martinez peine à reproduire la magie et la légèreté du film de Carné, et ne compense pas par la danse la vacuité du propos.

Avec une telle production et une telle distribution (, superbe et mystérieuse en Garance, , rêveur et romantique à souhait en Baptiste et , gourmé et sombre Lacenaire), quel dommage que la chorégraphie ne soit ni plus ambitieuse, ni plus exigeante techniquement. Seuls et font assaut de virtuosité dans un brillant «ballet dans le ballet» au début du second acte. Dans le reste du spectacle, les défis techniques à relever par les danseurs sont minimes et la pantomime prend le pas sur la danse.

Il faut dire que José Martinez n’a pas été aidé par la partition de . Trop longue et trop bavarde, la musique est conventionnelle et romanesque. Les scènes qui permettent au récit d’avancer n’en finissent pas, tandis que les moments de danse sont trop courts. Une occasion manquée pour le Ballet de l’Opéra de Paris auquel la direction n’offre pas si fréquemment des créations mondiales.

Crédit photographique : (Garance) et (Baptiste) © Sébastien Mathé

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