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Tout Oistrakh pour EMI en boîte


2008, ce n’est pas que l’année Karajan, c’est aussi l’année dont on célèbre également les 100 ans de la naissance. Tout comme Karajan, EMI célèbre cet anniversaire par l’édition d’un gros coffret économique qui reprend la totalité de ses enregistrements pour la marque au chien. En 17 disques, ce coffret en carton parcours vingt ans d’une excellence violonistique au service de la musique. Le mélomane commence ce voyage par la sonate «à Kreutzer» de Beethoven gravée, 1953, lors d’un passage du virtuose soviétique à Paris et termine cette aventure par l’ultime enregistrement du Concerto n°1 de Chostakovitch, à Londres, en 1972, sous la baguette du fils du compositeur. Toutes ces bandes ont été gravées au fil des tournées, autorisées par le régime, à l’Ouest. Les lieux d’enregistrement sont alors des plus divers : Stockholm, Bruxelles, Paris, Berlin, Cleveland…

Tout comme pour les coffrets Karajan, le commentateur se trouve privé de mots tant ces galettes font partie, pour l’éternité, de la légende de l’interprétation. C’est plutôt au point de vue éditorial que ce coffret est à marquer d’une pierre blanche car pour l’instant les disques pour le label officiel «Melodya» connaissent une distribution des plus aléatoires et cette boite offre le meilleur moyen de se familiariser avec l’art de cet artiste.

Certes, certains disques sont des bases de toute discothèque qui se respecte comme le Triple concerto de Beethoven avec Richter et Rostropovitch, le Concerto de Brahms avec Klemperer ou le Concerto n°2 de Prokofiev avec Alceo Galliera ; mais cette édition remet aussi aux premiers plans d’autres versions de ces œuvres oubliées des rééditions comme ce même Triple concerto de Beethoven emporté par une équipe toute soviétique : Lev Oborin au clavier et au violoncelle sous la conduite de Malcom Sargent. Du côté des raretés, il faut ranger la superbe Suite de concert de Taneïev et surtout le Concerto n°1 de Chostakovich ou le grand virtuose atteint un niveau émotionnel vertigineux avec une cadence chauffée à blanc.

C’est du côté de la musique de chambre que se trouvent les perles absolues avec des sonates et les pièces virtuoses gravées avec ses fidèles compères le violoniste Sviatoslav Knushevitzky et les pianistes : et Lev Oborin. Au fil des écoutes des partitions de Beethoven, Mozart, Franck, Brahms, Szymanowski, Schubert, on est frappé par l’intensité du dialogue, le sens naturel de la respiration et une palette sans limite de nuances de la part du violoniste mais aussi de ses collègues.

Pour finir ce coffret, EMI nous offre un inédit absolu en CD : l’Octuor de Schubert avec notre virtuose entouré de compatriotes soviétiques. Enregistré à Moscou, en 1955, ce disque présente la crème des musiciens soviétiques dont le corniste et le clarinettiste . Ce témoignage est fascinant pour ceux qui s’intéressent à l’art instrumental car ces prestations présentent une certaine manière de concevoir la technique instrumentale à l’image du vibrato si caractéristique de (qui était alors le soliste de l’orchestre de la radio d’URSS). Mais peu importe ces données techniques car l’oreille est happée par la musique avec «Andante un poco mosso» qui s’élève vers le ciel porté par la douce clarinette et la couleur des cordes.

On l’aura compris, cette brique, est absolument indispensable à tout amateur de musique. Certes, de nombreux doublons existent dans ce coffret mais le passionné pourra comparer les différences entre les versions mais de toute manière, à ce prix, il n’y a gère de questions à se poser…