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Troisième de Mahler par Gergiev : ça commençait si bien…

Un peu à l’image de la récente Symphonie n°4 par Jonathan Nott, cette nouvelle version, due à et son , de la plus longue des symphonies de réussit à la fois à nous emballer et à nous décevoir. Mais pas de la même façon, les forces et faiblesses des deux enregistrements étant assez différentes. Le premier pêchait par une vision trop étriquée mais la défendant jusqu’au bout sans faiblir, alors que le second, expressivement plus varié, perd force et inspiration au fil du temps. Comme si cette symphonie était constituée de deux œuvres juxtaposées, le long premier mouvement (entre 30’et 45’selon les versions) constituant une mini symphonie à lui tout seul, et les cinq autres (plus ou moins 1 heure de musique). Ce qui, en soit, n’est pas absurde quand on sait qu’il était prévu originellement de permettre un entracte à l’issue du premier mouvement, pratique totalement désuète aujourd’hui.

C’est donc par un excellent Kräftig que s’ouvre cette nouvelle version. , usant d’un tempo relativement soutenu sans jamais nuire à la respiration naturelle de cette musique, réussit à animer les différentes sections en leur donnant leur caractère propre, tout en les inscrivant dans une continuité à la logique musicale sans faille. Ce qui, dans cette musique, n’est pas si évident, nombreux étant ceux qui s’y sont cassé les dents. De ce point de vue, il nous donne sans doute là un des meilleur Kräftig de la discographie, joué par un orchestre brillant, précis et discipliné, tout autant à saluer dans la réussite de cet enregistrement. Remarquons également que le chef essaie de suivre et respecter toutes les nombreuses indications de Mahler, et là encore il s’y montre un des meilleurs, apportant ainsi toute la richesse expressive contenue dans cette musique, et donnant une fois de plus la preuve que jouer tout ce qui est écrit fonctionne en général mieux que de simplifier le discours. Avec une durée, somme toute assez classique, d’un peu plus de 32’, ce très réussi premier mouvement lance la symphonie sous les meilleurs auspices.

Malheureusement l’intérêt va faiblir par la suite, principalement à partir du troisième mouvement Comodo Scherzando qui va, presque subitement, perdre un peu de tout de ce qui avait fait le succès du début de la symphonie. Moins de mordant, d’intensité, d’élan, et finalement de caractère. Il n’est pas facile d’analyser pourquoi, sinon par un baisse d’inspiration du chef, qui reste appliqué et scrupuleux, mais qui a comme perdu la flamme. Et qui ne sera pas aidé par l’alto suédoise Anna Larson dont le « O Mensch ! », à l’articulation pâteuse et à la prononciation peu naturelle, ne réussit pas à capturer l’attention ni émouvoir. On commence alors à craindre quelque peu pour la demie heure de musique qui reste tout en en espérant que le « Bim Bam » du Tiffin Boys’Choir nous réveille. Reconnaissons que ce cinquième mouvement fonctionne mieux que les deux précédents sans toutefois retrouver les sommets du début. Reste donc le final, immense crescendo, qui peut être poignant ou barbant selon l’inspiration des interprètes. Malheureusement c’est vers la deuxième catégorie que nous classerons la présente version, joué dans un tempo, premier fautif selon nous, bien trop rapide, expédiant ce mouvement en à peine plus de 20’sans l’ombre d’une émotion. On sait que l’accélération du tempo est une des solution classiques au manque d’imagination et d’inspiration musicales, et c’est bien là notre impression à l’écoute de ce finale amorphe. Retournons, par exemple, vers le génialement inspiré Bernstein et ses 28’(qui par ailleurs est le plus rigoureux de tous dans le respect des indications de la partition) pour comprendre ce que signifie habiter un mouvement lent de cette envergure. Dommage, ça commençait si bien …

Notons que d’un point de vue purement sonore il s’agit là d’un SACD hybride absolument remarquable, surclassant complètement et dans tous les domaines du jeu, la couche CD, nous faisant bien regretter que les majors se soit désintéressées de ce format, au contraire des labels « privés » des orchestres, comme ici LSO Live du , ou encore RCO Live du Concertgebouw Amsterdam.