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Tan Dun, l’opéra pour tous

Le compositeur s’impose comme une valeur sure d’une musique contemporaine «antiélitiste». Ses origines chinoises matinées d’une formation aux USA en font également une icône d’une musique mondialisée sur fond d’affirmation culturelle de la Chine.

Dès lors, le compositeur a abandonné une certaine radicalité instrumentale et vocale présente dans l’opéra Marco Polo ou des expérimentations sonores comme dans le Water Concerto pour livrer une musique, dans l’air du temps, audible et truffée d’allusions à l’Asie et de références aux techniques compositionnelles occidentales. Le tout plait énormément et l’artiste compose des musiques de films à succès tels Tigres et Dragons et Hero ; ce qui lui a valut un Grammy Award et un Oscar.

Créé au Metropolitan Opera de New York, avec une distribution prestigieuse et une mise en scène de grand luxe, The First Emperor confirme cette évolution d’un compositeur au savoir faire indéniable. Le sujet historique romance la vie de Qin Shi Huang, le premier empereur de l’Empire du milieu, personnage à la fois visionnaire (c’est lui qui construisit la grande muraille) et tyran sanguinaire et impitoyable. La structure de l’œuvre ne révolutionne pas la dramaturgie avec une succession d’airs et de scènes d’ensemble ; dans la fosse, l’orchestre du MET est rejoint par une série d’instruments exotiques. L’ensemble sonne de manière agréable à défaut d’être traversé par un souffle de radicalité ou une force dramatique ; dans l’absolu la caractérisation des personnages est banale et ne se détache pas de certains stéréotypes bien carrés.

Côté mise en scène, c’est le grand prestige. Toute la machinerie du MET et l’excellence de font de cette production un festin visuel. Les chanteurs menés un inépuisable de vaillance et d’énergie sont, comme souvent à New York, excellents. Le compositeur aux manettes de l’orchestre et du chœur fait le reste pour emporter l’adhésion.

Incontestablement, The First Emperor ne restera pas dans les annales de l’histoire de l’opéra comme un chef d’œuvre renversant. Pourtant, il est incontestable que connaît son affaire et offre une partition plaisante, bien écrite pour les voix et magnifiée par une réalisation scénique mitonnée aux petits oignons par un metteur en scène inspiré. Certes, on pourra toujours taxer ce genre de spectacle de facile et plein de bons sentiments mondialisés, mais cet opus lyrique est autrement mieux troussé que nombre d’opéras pédants et ratés de ces dernières années dont il est préférable de taire les noms, le tout composant un cadeau sympathique et original pour les fêtes.

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