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Bach fête Noël à Dijon

Concert de Noël

Offrir un concert entier consacré à Bach pour célébrer noël est une fête très attendue. D’autant que le programme donné à Dijon mercredi soir a de quoi fasciner. En effet, les très jubilatoires Magnificat BWV 243 et Oratorio de Noël BWV 248 ont permis au public, outre le fait de réécouter des chefs-d’œuvre d’une émotion intense, de découvrir des solistes de qualité : la soprano , à la voix subtile et au legato parfait s’est particulièrement distinguée dans le «Et exultavit» et l’expressif «Quia respexit» du Magnificat et l’air de la cantate VI de l’oratorio, tandis que la basse Yorck Felix Speer a vraiment su transcender le texte qui célèbre le «Grand Roi, seigneur tout puissant» ou encore celui qui appelle à «illumine[r] aussi mon esprit sombre» dans l’oratorio. Le ténor Lothar Odinius a particulièrement mis en valeur ses qualités vocales dans les parties douces ou mezzo-piano, même si l’on peut regretter des attaques un peu trop accentuées dans les débuts des traits ornementaux dans des passages plus forte. Mais c’est sans doute la mezzo soprano Gerhild Romberger, avec sa voix à la fois puissante et ronde dans le grave, qui a su faire ressortir le plus d’émotion, à l’instar de l’»esurientes» du Magnificat. Avec d’autre(s) voix, le même scénario émotionnel ; ainsi, toujours dans le Magnificat, le très attendu «Et misericordia» avec le ténor n’a pu que toucher l’auditeur. Ajoutons que, solistes d’un côté et chœur de l’autre, tous les protagonistes vocaux se distinguent également par une prononciation et une accentuation impeccables de la langue allemande qui, alliées à une précision d’articulation des instruments, servent à merveille l’intelligibilité du texte.

L’Akademie für Alte Musik, premier ensemble baroque fondé en Allemagne de l’Est, a su parfaitement tenir sa place : tour à tour accompagnateur solide – avec des cordes dynamiques, des cuivres puissants, des timbales feutrées, des bois enchanteurs et un orgue discret mais efficace – et soliste avec, en particulier, des hautbois et bassons magnifiques. Le RIAS Kammerchor, créé en 1948, a lui-aussi, contribué très largement à la réussite de la soirée : une homogénéité vocale, un très bon équilibre entre les différents pupitres (pensez aux chorals si cathartiques grâce à leur apparente simplicité d’écriture ou encore les entrées des fugues, comme dans le célèbre «omnes generationes» du Magnificat), homogénéité également avec l’orchestre et les solistes, un sens du phrasé et de l’articulation baroque indéniables sous la conduite de l’excellent . De sa gestique précise et éloquente, il emmène chœur, solistes et instrumentistes dans des contrastes dynamiques bien dosés.

Et lorsque les applaudissements retentissent, c’est Bach qu’il convient avant tout de remercier, mais qui, assurément, remercierait lui-aussi les acteurs présents sur la scène. Et votre voisin qui sourit, comme vous, subjugué, emporté par la musique, par la jubilation musicale, l’œil illuminé… C’est divin ! Et exultavit !

Crédit photographique : © DR

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