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Bach par Anne Queffélec: une Contemplation divinement humaine

Distinguer parmi l’œuvre immense de Bach des pièces qui renvoient à une certaine spiritualité n’est pas chose aisée tant le choix est grand. En effet, la plupart, voire toutes, révèlent une dimension métaphysique et religieuse. C’est pourtant la gageure entreprise par dans cet enregistrement. En effet, la pianiste choisit un florilège de morceaux de tempo lent qu’elle interprète avec une sobriété et une transparence indéniables. Dans le texte de présentation «Éloge de la lenteur ou suspendre le temps», elle explique : «Ces préludes sans fugue, ces sarabandes hors de leur suite, ces transcriptions, ces adagios ne sont pas réunis au hasard. Ils répondent tous, dans leur ferveur, au doux impératif de la Passion selon Saint Jean «Betrachte meine Seele», «Contemple mon âme». Ils procèdent de la même quête spirituelle, exprimant ces états de la prière, consubstantiels à l’œuvre de J. S. Bach.»

Et il est vrai que le très anachronique «Ô temps suspends ton vol» lamartinien s’avère ici, incontestablement. En effet, il émane de la musique de Bach interprétée par une magie qui pousse à la rêverie, mais une rêverie transcendante. Les chorals ressortent, imposants, majestueux, mais jamais de manière outrancière (cf. la transcription de Busoni de «Ich ruf’zu dir, Herr Jesu Christ» BWV 639 ou encore celle, toujours de Busoni, du «Nun komm’t der Heiden Heiland»BWV 659a…) le piano chante, plaintif (Aria des Variations Goldberg BWV 988) ou porteur d’une joie toute vivifiante, cathartique (Cf. «Jesu, meine Freude» de la Cantate «Herz und Mund Tat und Leben» dans la transcription de Hess et d’une certaine façon, des préludes, expressifs, qui touchent incontestablement).

Au total, un très beau disque, apaisant, favorisé par une prise de son adéquate. Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes…