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Concert tremplin : de l’esquisse à l’œuvre achevée

Les concerts Tremplin de l’Intercontemporain et de l’ visent à promouvoir de jeunes compositeurs sélectionnés, en amont d’une commande définitive, sur la «maquette» de leur composition à venir. L’esquisse de l’œuvre en cours a en effet déjà été entendue par un comité de sélection qui confirme ou non la commande officielle à l’issue de cet atelier.

En création mondiale donc, nous entendions ce soir Nel cielo appena arato («Le ciel qui vient d’être labouré») de la compositrice italienne Lara Morciano, une pièce d’envergure pour 22 instruments d’une belle cohérence stylistique relevant de l’écriture spectrale. Avec un important pupitre de percussions incluant les résonances ambiguës des steel-drums, Lara Morciano modèle sa forme d’un geste puissant, envisageant la matière sonore de manière très plastique et raffinée sur le plan des textures et des résonances.

Avec Erstarrung («mouvement»), seconde création mondiale de la soirée, le compositeur norvégien revendique lui aussi ses références stylistiques, en l’occurrence celles d’ à qui il emprunte le titre d’une de ses pièces Vor der Erstarrung. Le propos est audacieux – il s’agit, nous dit-il, «d’une pièce apocalyptique» – dont la trajectoire, comme chez Lachenmann, se nourrit d’oppositions entre des passages mobiles et des interruptions aux sons soufflés et étouffés, autant «d’identités acoustiques» bien reconnaissables qui parviennent difficilement à s’imbriquer dans une tension dramatique suivie. La fin, volontairement lente et répétitive, semble désespérément longue…

Seul en scène, redonnait Uqbar, une pièce captivante pour violoncelle et électronique – issue du «Cursus» 2006 – de qui en assurait la diffusion spatiale en temps réel. Cette pièce participe d’un cycle pour cordes et électronique, Tlön, Uqbar et Orbis Tertius dont les titres sont empruntés à la Nouvelle de Jorge Luis Borges. Le micro de contact placé sur l’archet de l’instrumentiste doit ici affiner le signal agissant sur les paramètres de transformations sonores et les effets interactifs entre le geste et son extension électronique : Une façon très personnelle et radicale de «réinventer» le violoncelle dont on oublie totalement la source acoustique à la faveur de nouvelles morphologies sonores articulées dans l’espace.

C’est avec une pièce de jeunesse de – elle fut crée en 1977 lors de la première saison de l’ ! – que se terminait le concert. Ecrite à 24 ans, l’œuvre impressionne par la fermeté du geste et l’originalité du propos. Dans Cuts and Dissolves («coupures et fondus», deux termes empruntés au cinéma), Rihm réinterprète selon ses propres codes dramaturgiques les différents mouvements d’une symphonie. Avec une liberté de parcours qui relève ici de la fantaisie, il abreuve l’écoute d’un flot d’idées musicales – le fondu – qu’il peut interrompre à tout moment par des coupures intempestives : un labyrinthe aux trajets obscurs que , maître d’œuvre de cette soirée, explorait dans ses moindres détours avec une maîtrise exemplaire.

Crédit photographique : © Ayùeric Warmé-Janville

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