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Murray Perahia, le grand piano


Lorsqu’un public se lève à la fin du concert, et rappelle autant que possible le pianiste, généreux par deux fois déjà, deux longs bis, un sourire, chacun montre et confirme un bien-être évident, un concert de plaisir… jouait à Bruxelles ce lundi… Un événement comme chaque fois, pour un grand pianiste, et d’autant plus depuis qu’un pouce fragile l’éloigna de la scène dans le courant des années 90.

Perahia consacre une deuxième partie de concert aux Variations et Fugue sur un thème de Haendel (1861) de Brahms, une manière brillante de conclure le récital, une œuvre magistrale où l’esprit domine une fantaisie réjouissante. Une pièce gigantesque ; une mélodie de Haendel qu’une imagination foisonnante décline et pulvérise en une musique qui semble traverser toutes les impressions humaines… Et danse avec les sons, sculpte, il dessine un chemin tantôt grave ou volubile, et tantôt délicat, énigmatique, un chemin qui mène à la fugue, finale et triomphante, à l’image d’une pièce qui cherche la liberté dans une forme contraignante. Un piano qui gonfle, soufflé par la fougue du pianiste, à la manière du Presto hallucinant qui achevait la première partie du concert. Les passions selon Beethoven, explosées par Perahia dans ce final en apnée tourbillonnante de la célèbre sonate «Appassionata»… Et c’est l’occasion de souligner l’audacieux programme de ce récital, qui déroule quatre pièces essentielles du répertoire pianistique… De grandes pièces, opulentes, et célèbres, assumées, non, magnifiées, encore, par Murray Perahia…

Comme le fruit d’une réflexion poussée sur la musique de Bach (et de nombreux enregistrements dont les Partitas n°2, 3, 4 en 2008), le jeu dans la Partita n°1 témoigne, à nouveau, de la subtilité du compositeur, et découvre une musique souple, non pas dans une recherche simpliste d’originalité, mais bien dans un esprit protéiforme et vigoureux qui fait couler, sans les atténuer, les caractères les plus contrastés. Le toucher rond, le son plein, du pianiste, et cet esprit, qui convie l’oreille à mille nuances, chantent aussi bien chez Mozart, dans la Sonate en fa majeur, claire, ornementée dans le second mouvement, virtuose à souhait dans l’Assai Allegro final.

Et deux Impromptus de Schubert pour rompre les applaudissements, mais ce n’est pas à cette générosité que le souvenir s’attache, mais à la générosité du jeu, l’implication totale du pianiste qui ne cède rien au maniérisme… Quelques débris, peut-être, mais une grande force dans le discours avant tout… Le pianiste ne sert pas de potage aseptisé, insipide… Pas de chichis, on peut le dire : il a joué, vraiment joué !

Crédit photographique : Murray Perahia © DR

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