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Bach, Foccroulle et Groningen : une rencontre au sommet !

Attention, ce disque est bien une nouveauté, et non une compilation issue de l’intégrale Bach réalisée par cet artiste pour le même label voici quelques années. Nous pouvons considérer cet enregistrement comme un bonus, surtout à cause de l’arrivée dans le répertoire de la fantaisie sur le choral «Si Dieu n’est pas à nos côtés», découvert récemment, et déjà proposée au disque par Gerhardt Weinberger (CPO). Le programme s’articule harmonieusement entre toccatas et fantaisies sur des chorals. Nul n’est besoin ici de revenir sur une analyse des œuvres, sauf peut-être justement, cette fantaisie nouvelle, écrite par le jeune Bach, encore à l’écoute des grands organistes du nord, Buxtehude et Reincken. Œuvre étrange, tourmentée, signée sans équivoque par un jeune génie, avide de découvertes. Ici, comme le texte même du choral nous y invite, co-habitent désespoir et espérance : et si Dieu nous abandonnait ? Que se passerai-t-il ? Bach nous l’exprime ici, en jeux d’ombres et de lumières, en un étrange dialogue. L’orgue de Groningen, est l’un des plus beau spécimen qu’a laissé le facteur d’orgue Arp Schnitger au XVIIe siècle, en terre Hollandaise, restauré de la plus belle manière par Jürgen Ahrend, le grand spécialiste, voici seulement quelques années. Ces orgues de cathédrales ont un son bien particulier, différent de ceux construits par Schnitger en Allemagne, plus cristallin, aérien, ce qui n’empêche pas une certaine gravité, grâces aux jeux de pédale de 32 pieds. Cela se retrouve également à Alkmaar, Zwolle, Kampen, ou Leewarden, avec ces mixtures colorées de tierces, ces anches nobles et bassonantes, qu’une prise de son particulièrement présente et réussie, nous restitue fidèlement. La comparaison avec d’autres Schnitger allemands comme Saint-Jacques de Hambourg, Stade, ou Norden, est passionnante : ces instruments sont plus rudes et massifs, démonstration que les orgues se rapprochent toujours par leurs sonorités de la manière de parler des êtres humains qui peuplent un pays.

est souverain dans ce récital, toujours très apollinien, au sommet de son art. Il a le don de choisir les mélanges les plus rutilants et attachants. C’est un vrai feu d’artifice, laissant de côté tout ennui, ou toute ombre terne au tableau. La fantaisie sur le choral «Ein feste Burg» reprend les registrations préconisées par Bach pour l’inauguration de l’orgue de Mülhausen. Les grandes pièces sonnent à plein, la Passacaille sur le plein-jeu est saisissante. Vous l’aurez compris, c’est un récital Bach «haut de gamme». Ne vous en privez pas, il résume à lui seul de gros coffrets parfois un peu indigestes !