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Manon Lescaut à Zurich, efficacité et tradition

L'Opéra de Zürich, considéré comme l'une des meilleures et des plus actives maisons lyriques d'Europe, allie tradition et innovation pour définir sa programmation.

L'institution propose bien sûr régulièrement de nouvelles productions, tout en complétant son affiche de reprises bienvenues du grand répertoire, notamment italien. Aux commandes des opéras romantiques ou véristes célébrissimes de Verdi et Puccini, l'homme de la situation : Nello Santi, dont la popularité à Zürich est à l'avenant de son incommensurable carrière. Et cette reprise de Manon Lescaut de Puccini ne fait pas exception. Indéfectible talent de la grande tradition, Nello Santi mène avec conviction et précision la fosse et le plateau, ménageant des moments de théâtre aussi sensibles qu'efficaces sans jamais verser dans la précipitation ou la superficialité. Retrouver ce dépositaire légendaire de la grande tradition s'inscrivant dans la filiation de Toscanini et de ses meilleurs épigones réjouit et rappelle au surplus que l'opéra s'accommode fort bien d'une éloquence sans ambages et sans lecture aux tenants abscons, qu'ils soient musicaux ou théâtraux. Avec une telle approche, la musique de Puccini trouve la place qui lui revient de droit, la première. Et l'orchestre, comme le chœur, distille le meilleur de sa verve, avec une générosité et une musicalité appréciables.

La mise en scène de permet également à la musique de s'affirmer bien au-delà de la timide insinuation où la confine à mauvais escient les égarements esthétisants de certains maîtres d'œuvre peu scrupuleux. Rien de très original, certes, mais des idées claires et un propos défendu au plus près du livret, main dans la main avec une équipe de réalisation (décors, costumes, lumières) ayant élaboré son travail au diapason de ce qu'appelle la destinée de l'héroïne malheureuse de l'Abbé Prévost. Ainsi appréciera-t-on tout particulièrement quelques détails, comme la concordance à l'acte II entre la robe de Manon et celle de l'actrice venue jouer la nymphe dans la pièce madrigaliste qu'a imaginée Geronte pour égayer le quotidien d'une épouse aux prises avec l'ennui. Ou encore la calèche du début qui reparaît en se muant en calèche fantôme comme pour emmener Manon au terme de sa longue agonie.

La distribution plaît dans son ensemble. Le rôle-titre, émouvant, se dote de la voix tout à la fois large et aux aigus cristallins de . campe un Des Grieux d'une puissance inouïe et dont l'insolente facilité fascine dans ce que la tessiture du personnage a de plus extrême. Un vibrato occasionnellement mieux contrôlé permettrait d'affiner quelque peu ce chant impressionnant, ce d'autant que son jeu d'acteur est assez caricatural. investit le rôle de Geronte avec aplomb et une belle assise vocale tandis que se révèle plus falot en Lescaut. Parmi les rôles secondaires, de belle tenue, se démarque favorablement.

Crédit photographique : et , , Chor des Opernhauses Zürich © Openhaus Zürich

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