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Ian Bostridge à la Philharmonie du Grand Duché

serait-il le ténor haendélien de sa génération ? Sa voix juste et bien timbrée – bien plus que celle du ténor «blanc» anglais traditionnel… –, peu puissante mais dotée de belles couleurs dans le registre grave, semble en faire un des interprètes actuels idéaux, tout à fait dans la lignée des grands chanteurs britanniques du passé : Alexander Young, Kenneth McKellar, Ryland Davies, Stuart Burrows et, plus près de nous, Philip Langridge et Anthony Rolfe-Johnson. Son instrument est souple et homogène, capable des plus brillantes vocalises comme dans le «Ev’ry valley» du Messie, effectuées sans ostentation, et surtout de l’un des legato les plus musicaux qu’on ait pu entendre ces dernières années ; on gardera longtemps en mémoire sa manière de distiller la phrase de l’air de Jephté «Waft her angels», ou encore la façon dont il livre la mélodie du ravissant air d’Acis «Love in her eye sits playing», donné en complément de programme.

Ce qui fait peut-être la supériorité de Bostridge sur ses concurrents actuels (Paul Agnew, John Mark Ainsley, Mark Padmore…), c’est vraisemblablement sa diction parfaite et la manière très savante il fait vivre les sonorités de l’anglais, langue réputée inchantable à l’époque du grand Haendel. Certains, on le sait, trouveront «précieux» ce soin accordé à chaque son et à chaque note, et préfèreront l’interprétation plus «directe» des autres ténors haendéliens actuels. Question de goût, sinon d’école…

Dans le répertoire italien, Bostridge semble parfaitement à l’aise également, comme en témoigne un remarquable «Scherza infida», cet air composé pour le castrat Carestini et ravi pour un soir, dans sa version transposée, au répertoire des mezzo-sopranos ou des contre-ténors. Il aura surtout permis de juger, dans l’indignation contenue et intériorisée qu’il véhicule, des capacités expressives de Bostridge.

Sans doute aurait-on pu souhaiter un accompagnement plus dynamique que celui fourni par l’orchestre de chambre Northern Sinfonia, dirigé par . Mais peut-être, finalement, était-il idéalement assorti à la lecture privilégiée par Bostridge, une lecture extrêmement sage apparemment fondée davantage sur l’élégance très «british» d’un salon victorien que sur les déferlements baroques auxquels d’autres ensembles, et d’autres chanteurs, nous ont désormais habitués…

Crédit photographique : © Emi Classics. D. Thompson

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