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Haydn révélé à lui-même par Zhu Xiao-Mei

Décapées, restaurées, quelques sonates de Haydn rendues à elles-mêmes grâce à une interprétation exemplaire de .

Enfin le toucher qui convient, rond, perlé, jamais lourd et parfaitement le même à la main gauche et à la main droite, qui met bien en évidence le chassé – croisé des motifs si fréquent dans les œuvres pour piano de Haydn, et un dosage homéopathique de la pédale. La pianiste pratique là un bon dégraissage qui rend aux notes leur juste valeur, leur juste poids : ainsi, les piqués sont de vrais piqués, les noires pointées idem ; les silences retrouvent leur durée exacte et, par là, leur fonction de vides autour des sons, et les traits, dégagés, jaillissent comme des rayons lumineux.

Autre élément essentiel : la fidélité à la partition, sans le moindre effet inutile, la moindre surinterprétation. Le texte chante, clairement, sobrement ; l’intériorité est là, intense, comme dans le deuxième mouvement de la sonate 53. Facile à dire mais il faut des doigts exceptionnels et une précision digne de Glenn Gould.

Cela ne serait rien sans la pensée de la forme, des formes qui se génèrent les unes les autres. On pense à Leiv Ove Andnes jouant Schubert, à cette façon de trouver la pulsation secrète d’un mouvement. Zhu Xiao Mei propose des architectures qui bougent, lieux de théâtre que viennent peupler les idées, en nombre. On découvre de petits perpetuum mobile un peu partout, cercles entraînant les éléments verticaux et à partir desquels se déroulent les traits. Dans les troisièmes mouvements, les plus inventifs, notamment celui de la fameuse Sonate n°60, des blocs jouent dans l’espace, dialoguent, se font des farces en dansant, Des idées à en avoir le tournis, d’une puissance que l’on découvre pour la première fois et qui transmettent leur allégresse A quand les autres sonates ?