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Intimité des concertos pour clavecin de Bach

Depuis les débuts du disque, les mélomanes ont eu le temps d’apprécier ces œuvres supérieures de , au travers de versions très diverses, qui ont suivi l’histoire de l’interprétation. En soixante ans, on a connu les approches romantiques avec pianos de concert et grands orchestres, puis le néo-classicisme des années 60 et l’arrivée des clavecins modernes, pour aboutir aux révolutionnaires baroqueux avec quelques fameux chefs de file, avec retour aux clavecins historiques ou leurs copies. Le temps est passé et ces œuvres ont retrouvé une saveur d’authenticité, telles qu’elles furent présentées du vivant de leur créateur, les interprètes ayant redécouvert de sérieuses clefs musicales pour les aborder. On imagine sans peine au XVIIIe siècle les mémorables soirées au café Zimmermann, à Leipzig, où la plupart de ces œuvres furent exécutées. Nous savons que la plupart de ces pièces sont des transcriptions par Bach lui-même de quelques concertos écrits initialement pour le violon, et dont certains sont perdus. Il en changea pour l’occasion les tonalités afin de les adapter à la tessiture du clavecin.

L’ensemble instrumental Stradivarius que dirige Daniel Cuillier, se compose de cinq cordes baroques, une par partie, harmonieusement équilibrées avec le clavecin, qui offrent ici une lisibilité idéale pour l’écriture de Bach, intégrant bien le jeu du soliste à l’intérieur de la polyphonie, essence même de cette musique. Le clavecin, superbe, est l’œuvre de Philippe Humeau d’après un modèle français du XVIIe siècle, construit en 1977, et «ravalé», c’est-à-dire agrandit plus récemment par ses soins, à l’instar des maîtres facteurs du XVIIIe siècle. Cette version nous plonge au plus intime de ces pages, il n’est que d’écouter l’aérien largo du concerto en fa mineur, dans l’acoustique contenue et sobre de la chapelle de la chartreuse d’Auray à Brech. Les instruments sont captés de près, le jeu est vif, joyeux et très engagé. Tous ces subtils ingrédients, parfaitement maîtrisés, au service d’un discours inspiré, hissent cette version au tout premier plan, d’une discographie pourtant pléthorique.

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