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Georg Kulenkampff, violoniste allemand au sein d’une époque trouble

Le nom de n’évoque plus grand chose auprès des mélomanes de la génération actuelle, et bien que cela soit regrettable, l’explication est aisée : la carrière discographique du violoniste (1898-1948) est centrée sur la fin de l’ère du 78 tours, particulièrement à l’époque du nazisme, et bien qu’il fut unanimement reconnu comme l’un des violonistes allemands les plus fins, tout comme d’ailleurs son compatriote Adolf Busch, la propagande publicitaire dont l’accabla l’intelligentsia nazi lui fut en fin de compte défavorable, restreignant finalement la carrière d’un artiste à la santé déjà précaire, qui reçut le coup fatal d’une encéphalite foudroyante à l’âge de 50 ans.

Pourtant Kulenkampff, resté en Allemagne durant toute l’époque hitlérienne, ne se préoccupa guère de politique, et malgré les interdits, enregistra et joua constamment le concerto de Beethoven avec les cadences du violoniste-compositeur juif Fritz Kreisler, et surtout osa défier le régime hitlérien en gravant celui de Mendelssohn, dont la musique était pourtant bannie, le maintenant courageusement à ses programmes de concert.

était également un fin chambriste : il forma un trio en 1935 avec le pianiste Edwin Fischer et le violoncelliste Enrico Mainardi (avec ce dernier il enregistra la Double Concerto en la mineur de Brahms) ; on dispose également de gravures de sonates pour violon et piano de Beethoven et Brahms avec le futur chef d’orchestre Georg Solti au piano.

La carrière discographique de Kulenkampff, par la force des choses, est plutôt modeste, tout en étant bien représentative de son art chaleureux. Ce coffret rassemble des concertos enregistrés en studio à Berlin entre avril 1935 et juin 1941 : si les œuvres de Beethoven, Mendelssohn, Bruch et Tchaïkovski étaient relativement bien connues à cette époque, il n’en allait pas de même du Concerto pour violon de Dvořák ; quant à celui de Schumann, Kulenkampff en assura la création le 26 novembre 1937 et la première discographique mondiale le 20 décembre de la même année à Berlin, dans une version édulcorée il est vrai, réalisée avec l’aide de Paul Hindemith et Georg Schünemann. La version Kulenkampff fut talonnée par celle, fidèle au texte original cette fois, de Yehudi Menuhin gravée à New York le 9 février 1938.

Quoi qu’il en soit, Georg Kulenkampff nous a laissé des versions parmi les plus achevées des concertos de Beethoven, Mendelssohn, Bruch et Schumann ; son interprétation du Concerto pour violon en la mineur op. 53 de Dvořák est d’un lyrisme fin et chaleureux pouvant rivaliser avec celles de noms plus prestigieux, tels que Nathan Milstein ou David Oïstrakh, sans oublier bien évidemment le violoniste tchèque Josef Suk. Il est vrai que dans ce concerto, Kulenkampff bénéficie de l’admirable support orchestral d’.

Précisément la seule déception de cet album est imputable à un chef de seconde zone, , qui massacre le Concerto pour violon en ré majeur op. 35 de Tchaïkovski en une exécution lente, lourde et boursouflée, molestant le premier mouvement par deux coupures dans les deux tutti orchestraux centraux (la première parfois adoptée il est vrai par d’autres chefs…), amputant incompréhensiblement la fin de la Canzonetta, et gênant considérablement le soliste au point que, malgré les tempi lents, son jeu n’est pas exempt de scories… Et la version du texte «amélioré» de Leopold Auer, adoptée ici, n’est pas pour arranger les choses ! …

Mais au total, ce coffret est un bel hommage à un violoniste qu’il serait injuste d’oublier, et la réalisation technique, si elle n’est pas idéale (enregistrements trop filtrés, de provenances diverses, sauf des originaux en 78 tours), est suffisamment honorable pour pouvoir apprécier son art dans d’honnêtes conditions sonores. Notice décevante sans aucun commentaire, se résumant aux plages des trois CDs.