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Gala de Danse à Saint Pétersbourg : Glamour et faste

Le neuvième festival international de danse se terminait comme il se devait par un gala, où nombres d’Étoiles figuraient dans un programme éclectique. Nous n’avons pas été totalement convaincus de l’utilité de mettre au programme Who Cares ?, la troupe s’imprimant mal dans la mouvance jazzy qu’exige Balanchine et par dessus tout Gershwin. Évidemment, Igor Zelensky se taille la part du lion, avec une présence indéniable, remplissant le rôle masculin qui accompagne les trois solistes féminines, dont aucune d’elle n’a semblé convenir tout à fait à l’idée de la danseuse propre à danser ce type de répertoire.

La seconde partie nous a immédiatement séduit devant la pluralité des pièces présentées ; et instaurent, avec rapidité et de manière déconcertante, dans l’extrait de Manon, l’intimité d’une chambre où toute la fougue du transport amoureux s’éclate sur les rochers de la jouissance dangereuse. Le pas de deux des Flammes de Paris est inégalement défendu par , qui tente des exploits techniques et ne les réussit pas forcément, alors que est parfait. Décidément, il révèle des dons de virtuosité qui ne font que s’exalter dans cet exercice d’école (certes ardu !). Un Impromptu sur une chorégraphie de découle d’une tendance à écrire du Neumeier, avec des portés complexes, une fluidité de mouvements, des changements de direction, et des tours à n’en plus finir, où se font valoir efficacement Agnes Oak et Thomas Edur.

Quelle étrangeté que celle d’inclure le troisième pas de deux du Parc, qui semble inopiné dans le défilé des compétences de chacun des artistes ; mais l’art de , qui ne souffre d’aucune comparaison avec des danseurs rompus à la danse de Preljocaj, et la maturité de transportent le spectateur dans ces minutes d’éternité qui font la saveur de la danse.

La Tarentelle de Balanchine est profitable à , décidément très sollicité lors de ce festival, ironique dans la surprise de la chorégraphie, qui dépasse un peu les possibilités de Nadezhda Gonchar. La Mort du Cygne, par Irma Nioradze, introduit une touche émouvante, mais l’artiste force trop ses bras et décompose chacun des mouvements de manière si prononcée que cela tourne souvent au ridicule. Est-ce au crépuscule d’une carrière fournie, que la tautologie de pas tellement digérés devient une destruction de l’harmonie auparavant recherchée ? Tout comme le peintre Frenhofer dans le Chef d’œuvre inconnu de Balzac, est-ce que l’obnubilation d’un but inatteignable lui fait manquer l’évidence de l’art et la concession de l’imperfection de la création faite par l’homme ?

Dans tous les cas, la dérision du pompeux Grand Pas de Deux, sur l’ouverture du Barbier de Séville, n’est pas sans rappeler la malice de la Petite Messe Solennelle et est ineffable dans la parodie de la danseuse diva capricieuse qui veut être admirée plus que son partenaire ; celui-ci évidemment réagit vivement et manière toute aussi hyperbolique et emphatique.

Le Pas de Deux de Don Quichotte, capable théoriquement de déclencher un déchaînement délirant d’ovations, a été terni par la volonté d’Angel Corella de trop vouloir charmer à tout prix, en cabotinant à outrance et en se mettant en péril de manière inutile. Ceci posé, Yevgenia Obraztsova attire le rôle à elle et plaît sans être toutefois en adéquation totale avec la pétulance de Kitri.

Enfin, Thème et Variations de Balanchine avec un ensemble digne d’une École de danse, où Alina Somova arrive par moments à faire penser qu’elle pourrait arriver à danser, à terme, quand elle sera débarrassée de ses handicaps. Vladimir Shklyarov, plein de brio et de chaleur, illumine chacune de ses interventions et culmine dans la troisème partie de ce gala, dont on garde un souvenir contrasté, mais qui restera dans les mémoires pour l’émotion du Parc, l’ingéniosité de la Tarentelle, et le lyrisme de Manon.

Crédit photographique : et © N. Razina