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Artur Schnabel….la légende continue

À l’heure des interprétations authentiques et de la quête de la vérité musicologique, l’écoute des virtuoses du passé semble un vain exercice. Pourtant, il y a tant à apprendre et à redécouvrir auprès des ces illustres figures. Dans le cadre de sa série «Icon», EMI nous offre, en 8 disques, un large aperçu de l’art d’.

(1882-1951) voit le jour à Kunzendorf, petite cité de l’Empire Austro Hongrois (désormais en Pologne) dans une famille de marchands textiles. En 1884, les Schnabel émigrent à Vienne. À l’âge de 4 ans, le petit Arthur commence l’apprentissage du piano. Ses dons sont évidents, il brûle les étapes : à l’âge de six ans, il étudie auprès de Hans Schmitt au Conservatoire de Vienne et à l’âge de neuf ans, il devient l’élève de Theodor Leschetizky (1830-1915), le grand pédagogue du piano qui forma toute un génération de virtuoses : Elly Ney, Benno Moiseiwitsch, Ignacy Paderewski, Mieczyslaw Horzowski… Il suit, par ailleurs, des cours de composition avec Eusebius Mandyczewski, l’un des assistants de Brahms. Schnabel fait alors ses débuts scéniques publics, en 1897, à Vienne ; il enchaîne ensuite des séries de concert à Budapest, Prague et Brno.

En 1898, Schnabel s’installe à Berlin. Il joue sous la direction d’Arthur Nikisch et en musique de chambre avec le trio Schnabel qu’il fonde avec le violoniste Alfred Wittenberg et le violoncelliste Anton Hekking. Cette formation connaîtra trois équipes différentes. A partir de 1925, ses séminaires à l’Académie de Berlin seront suivies par de jeunes solistes en quête des conseils d’un pédagogue recherché : Clifford Curzon, Rudolf Firkusny, Lili Kraus et Leon Fleisher.

Devant la montée du nazisme, il s’installe en Angleterre avant de traverser l’Atlantique, pour prendre pied sur le sol américain. Professeur à l’université du Michigan, il est naturalisé américain en 1944. À la fin des hostilités, il revient en Europe tout en continuant à se produire sur l’Ancien et le Nouveau monde. Il décède en Suisse.

Chambriste émérite, le pianiste s’est produit avec l’élite des musiciens : Bronislaw Huberman, Paul Hindemith, Gregor Piatigorsky, Joseph Szigeti, Pablo Casals, Pierre Fournier… Compositeur, Schnabel lègue trois symphonies, un concerto pour piano, cinq quatuors à cordes et différentes œuvres pour petite formation et de petits formats. Ami de Schœnberg, Schnabel composait dans une esthétique atonale… à mille lieus de ses activités de pianiste.

Le répertoire de Schnabel était concentré sur une poignée de compositeurs qu’il n’eut de cesse de pratiquer et de questionner : Bach, Beethoven, Mozart, Schubert. Il faut noter que vers les années 1930/40, les pianistes n’affrontaient que trop rarement les pièces de Schubert en concert, ce qui permet de mesurer l’importance historique de ces interprétations. Il en va de même de la sélection de Mozart, jouée avec sérieux et concentration à rebours de l’esprit général du temps qui considérait les partitions pour clavier Mozart comme de sympathiques divertissements. Mozart c’est du sérieux et Schnabel s’amusait à dire du compositeur : « On fait jouer Mozart aux enfants à cause de la petite quantité de notes ; les adultes s’en détournent à cause de la grande quantité de celle-ci ».

Schnabel réussit tout compte fait une quadrature stylistique qui allie la solidité technique au sens du récit en passant par le naturel et l’attention aux lignes mélodiques. Très respectueux des intentions et des annotations des compositeurs, Schnabel raconte et suggère plus qu’il n’impose et expose. Ces qualités sont éminemment présentes tout au long des onze sonates de Beethoven regroupées dans ce box. La vision supérieure du pianiste fait corps avec ces partitions qui sonnent avec vigueur, profondeur et sens de la respiration.

Ce précieux coffret reprend des enregistrements depuis longtemps partie prenante de l’Histoire de la musique. À prix réduit et en petit format, cet album est une session de rattrapage évidente.

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