- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Le luth : un instrument pour un temps qui ne se mesure pas

Pour son premier enregistrement solo, nous offre un magnifique récital baroque, rassemblant des pièces d’une rare beauté, destinées à mettre en valeur la délicatesse et la volupté sonore du luth.

L’interprète révèle ainsi un répertoire trop souvent ignoré, celui d’un instrument d’abord très apprécié au Moyen-âge, «symbole de la musique dans le monde occidental». C’est l’essor du clavecin, au XVIIe siècle, qui va progressivement entraîner le déclin du luth. Mais conscient de l’héritage légué aux clavecinistes, publiera, dans son Second Livre de Pièces pour Clavecin, un rondeau intitulé Les Barricades Mistérieuses, dont la structure rappelle singulièrement les pièces des virtuoses de la corde pincée…

Le temps d’un récital, fait le choix de réunir les plus illustres membres de cette famille artistique, famille affichant pleinement harmonie et unité : la pièce de Couperin, par sa structure, rappelle La Cascade d’Ennemond Gaultier, luthiste si renommé qu’il fut envoyé à la Cour d’Angleterre pour jouer devant le roi Jacques Ier. Mais, à écouter les pièces de et de , les liens entre Couperin et ses contemporains n’en sont pas moins forts. Dès lors, cette recherche place subtilement l’écoute sous le signe de l’unité : les chaconnes et passacailles qui se répondent comme en écho, sont illuminées par la tonalité majeure dominante.

Surtout, le choix de la chaconne, déclinée sur un tempo volontairement lent, pour souligner le mystère de chaque pièce, nous plonge dans une véritable méditation sur le Temps. Les luthistes, dont le jeu prend vie dans des pièces non mesurées, démontrent à leur manière qu’il est des temps qui ne se mesurent pas. Et l’interprète nous joue le Temps comme l’on sculpte la rosace d’un luth, d’une manière cyclique et ciselée, à la recherche de l’infinie variété des possibles. Le Temps est alors recommencement, mais recommencement éternel, et les mouvements répétés procurent une infinie quiétude.

Tout le génie du virtuose consiste alors à assumer pleinement cette lenteur, et occuper intensément l’espace sonore, sans jamais lasser pour autant l’oreille de l’auditeur, comme envoûtée, appréciant les subtilités des modulations et des effets.

Ainsi, Miguel Serdoura nous prouve que les pièces anciennes ne sont pas définitivement datées, qu’elles nous parlent, nous questionnent encore. Avec son premier album soliste, il réussit le pari impossible, mais ô combien rêvé pour un artiste, de faire d’une œuvre de musique un véritable moment d’éternité.

(Visited 371 times, 1 visits today)