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Gergiev et la Résurrection de Mahler

Dans cet enregistrement de la Symphonie n°2 dite «Résurrection» et de la Symphonie n°10 inachevée, poursuit son intégrale des symphonies de Mahler. Le thème de la mort imprègne les deux œuvres, mais on y trouve aussi les thèmes de la vie et de la foi, ainsi que des moments de paix et l’expression sincère de l’amour humain.

Le semble par instants électrisé sous la baguette de Gergiev. Il rugit entre deux plages de quiétude. C’est ce qui frappe de prime abord à l’écoute de ce CD : l’intensité sonore, les paroxysmes, les montées en puissance jusqu’à des sommets impressionnants. Des élans savamment construits se détachent et contrastent avec des séquences plus calmes et apaisées. Le dynamisme de Gergiev n’a rien de brouillon : au contraire, sa direction est claire et précise, attentive quant au respect du texte – certains «cris de dégoût» (selon l’expression de Mahler) du plein orchestre en deviennent presque trop lisses. Le désarroi ne transparaît pas toujours et cette version est sans doute plus apocalyptique que désespérée. De cette œuvre aux vastes dimensions, Gergiev réussit néanmoins à créer un tout cohérent, riche et intense. Peut-être l’Adagio de la Symphonie n°10, isolé, pâtit-il de ce voisinage. Il semble détaché du reste, à la fin du CD, en dépit de la maîtrise remarquable de l’orchestre.

Parmi les moments forts : l’entrée, poignante, de la mezzo-soprano au début du quatrième mouvement de la Symphonie n°2. Elle chante avec ferveur le poème anonyme («Urlicht» : Lumière primitive) et on l’écoute en oubliant pour quelques instants les contingences du monde extérieur. Le mouvement s’achève avec un magnifique soupir sur le mot «Leben» (vie), avant l’explosion du finale et une fin en apothéose, avec appels massifs des cuivres et tintement triomphal des gongs et des cloches.

Mahler demande à être écouté et réécouté, pour pouvoir saisir la palette des sentiments exprimés, de l’humour sarcastique et sinistre aux cris angoissés. Il exige une écoute exclusive, presque égoïste, laissant de côté toute autre activité, mais ces quelques 100 minutes valent le sacrifice, et la version de Gergiev le mérite.