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Haydn par Paul Badura-Skoda, de main de maître

Présente-t-on encore  ? Rappelons seulement que ce pianiste a consacré une grande partie de sa carrière à la musique des viennois (Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert), qu’il interprète tant au piano que sur des instruments d’époque, sans négliger un répertoire plus moderne (Debussy, Ravel, Frank Martin).

Le nouvel enregistrement qu’il nous propose est un heureux mélange d’œuvres puisées dans l’immense production pianistique de . La mise en rapport de pièces bien connues (les sonates, les Variations en fa mineur) ou plus rares (arrangement des Variations sur le «Gott erhalte», tirées du Quatuor à cordes «L’Empereur», l’Adagio en fa majeur), nous permet d’apprécier les diverses facettes de son art. Derrière la mesure «classique» de son style, percent en effet l’humour, la légèreté ou encore l’expression des tourments, rendus avec justesse.

Le discours est mené avec intelligence, élégance et sensibilité, ce qui dénote une vraie proximité avec le style. Réjouissons-nous du choix de l’instrument, dont tire des effets bouleversants, notamment dans la coda du Moderato initial de la Sonate en ut mineur : le pathétique y est renforcé par le timbre très sombre des graves du pianoforte.

La réussite indéniable de cet enregistrement est l’interprétation des Variations en fa mineur, dont le titre – anodin – ne dit rien de la sophistication ni de la difficulté de cette œuvre. Il s’agit en fait de variations sur deux thèmes opposés, jouant sur le contraste entre les tons homonymes de fa mineur / majeur, cependant que le discours va crescendo jusqu’à une coda très démonstrative. Cette œuvre périlleuse est conduite de main de maître sans que l’intérêt retombe jamais.

La grande clarté du jeu et la finesse de l’expression sont néanmoins mises en péril par certaines déficiences techniques. Les traits de gamme ainsi que les passages en style «toccata» (mains alternées), dans l’Allegro moderato de la Sonate en la bémol majeur, manquent de fluidité, allant jusqu’à compromettre la stabilité rythmique. Des difficultés du même ordre sont également perceptibles dans les deux mouvements conclusifs des sonates, dont l’allure preste rend le jeu de l’interprète un peu fébrile.

Mais ne boudons pas notre plaisir, tant Paul Badura-Skoda sait insuffler de vie à la musique de Haydn, rendant ainsi justice à son génie.