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Nikolaj Znaider, l’archet du roi

Nikolaj Znaider poursuit son exploration des grandes pièces du répertoire avec des équipes de luxe. Après un superbe disque Beethoven/Mendelssohn avec les Wiener Philharmoniker et Zubin Metha, il retrouve ce même orchestre et ce même chef pour les concertos de Brahms et Korngold. On avait déjà remarqué les affinités de l’artiste avec l’univers Brahmsien à l’occasion d’un disque regroupant les sonates pour violon. C’est d’ailleurs le violoniste qui attire l’attention avec sa sonorité apollonienne et sa hauteur de vue impériale (précisons qu’il joue le «Guarneri del Gesù» ayant appartenu à Fritz Kreisler) ; le tout en livrant un Brahms assez latin avec des couleurs solaires. La machine viennoise tourne à plein régime et fait briller ses pupitres avec la légendaire rondeur des bois et la beauté chatoyante proverbiale des cordes. Gergiev qui se laisse guider par un orchestre en parade, mène les affaires avec compétence mais reste un peu en retrait (ce n’est pas Abbado avec Berlin accompagnant Gil Saham !). Mais la beauté, non feinte et démonstrative, du mouvement lent, font de cette version une belle interprétation toute aussi convaincante que le récent disque de Vadim Repin. Tout compte fait, on est surpris du haut niveau récent de la discographie de cette œuvre avec des réussites majeures : Mutter/Masur (DGG), Saham/Abbado (DGG), Repin et Chailly (DGG) et Hahn/Marriner (Sony) qui s’ajoutent aux références laissées par les Grands anciens.

Le couplage avec le concerto de Korngold est assez bienvenu et inusité ! Malheureusement, le soliste est tombé sur le Gergiev des mauvais jours qui n’arrive pas rentrer dans cette musique. Vienne est en roue libre sous une battue neutre et assez molle. L’archet vénéneux et raffiné de Znaider navigue comme un poisson dans l’eau mais l’adéquation connaît des ratés avec un final où l’orchestre passe à loin de son sujet. Côté soliste, on rivalise avec l’immense Heiftez (RCA) et le très inspiré Saham (DGG et superbement accompagné par André Prévin et le LSO) mais le soliste semble livrer un combat solitaire contre l’orchestre…

Ce disque de beau violon aura ses partisans, ce n’est que justice tant cet artiste est un archet majeur de notre époque.

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