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Celibidache à Cologne

L’Art de commence à être recensé avec soin. Fini le temps des labels pirates ! Après les éditions officielles EMI et DGG des mandats du chef à Munich et Stuttgart, Orfeo nous propose une compilation des concerts du musicien lors de son très rapide passage à la tête de l’Orchestre radio symphonique de Cologne en 1957-58. Après son départ de la Philharmonie de Berlin, le chef dirigea de nombreuses formations en Amérique du sud et en Europe méridionale. En Allemagne, il avait laissé l’image d’un jeune démiurge à l’énergie peu canalisée. Pourtant au fil de ses errements, à la tête de phalanges souvent peu prestigieuses, le musicien remit à plat son art et le sens de ses interprétations. C’est dans cet esprit qu’il se présenta au pupitre de l’orchestre rhénan.

Puisque nous possédons aujourd’hui de très nombreux documents du chef, on peut trouver, en dépit de quelques belles réalisations, ces bandes de radio simplement documentaires.

La Symphonie « Pathétique » s’avère ainsi très expérimentale, avec ses variations de tempos et la recherche d’une combinaison entre un ton apaisé et un ton dramatique. Mais à force de chercher, Celibidache perd tout sens directeur et plonge ses musiciens dans une léthargie profonde. La Symphonie n°2 de Schubert, que le chef retira rapidement de son répertoire, est énergique mais souffre de traits brutaux et féroces. De même le Requiem allemand est handicapé par des flottements et des chutes de tensions, malgré le soin apporté à certaines textures.

Les pièces de Strauss, Ravel et Stravinsky sont bien caractérisées, mais ces interprétations souffrent de la comparaison avec les témoignages ultérieurs du chef à Stuttgart (DGG), bien mieux finis instrumentalement et aux prises de son plus limpides (on troque une honnête mono de radio contre des prises en stéréo).

Parmi les réussites, citons les Variations symphoniques sur un thème de Weber d’Hindemith, bien ciselées, les Variations sur un thème de Paganini de Blacher, très affutées et surtout une superbe Symphonie n°1 de Brahms. Très concentré, l’orchestre est emporté, dès l’accord initial, dans un tourbillon orchestral. Les tempos sont mesurés, mais l’ensemble sonne avec un mélange de lumière latine et de puissance germanique. Cette interprétation est le plus convaincant témoignage du chef dans cette partition, comparé aux versions gravées à Stuttgart (avec un orchestre moins concerné) et à Munich, où la lenteur des tempos ne convenait guère aux teintes de cette musique.

Un coffret, loin d’être inintéressant, destiné en priorité aux inconditionnels du vénérable chef d’orchestre.

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