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Mozart pour finir l’année

Cosí fan tutte

Cosí fan tutte, si célèbre et si souvent joué, n’en reste pas moins une œuvre aussi complexe que le thème qu’elle traite. Contradictions, suggestions quasi subliminales, il y a peut-être quelque chose de féminin dans la composition même de l’œuvre.

Raconter une histoire en espérant que le public en comprenne une autre. Dire une chose avec des mots et suggérer l’inverse par la musique. Affirmer par le jeu de scène et le texte et laisser sous-entendre de façon sibylline un tout autre message. N’est-ce pas l’intention de Mozart qui tout en répondant à la commande de l’empereur refuse de se rallier à son scepticisme misogyne et tente d’exprimer dans sa musique sa conception de la femme ? Inutile de dire combien l’œuvre est à prendre au deuxième, voire troisième, degré et combien la musique est non seulement un protagoniste essentiel, mais surtout, dans la dispute philosophique de Don Alfonso, elle en est le contradicteur. Si Philippe Sireuil a fait de ce dernier le véritable metteur en scène de la pantomime, il est dommage que la musique ait laissé une impression si vide. Non pas que l’interprétation ait été de mauvaise qualité. Elle était inégale certes, mais globalement agréable. Dès l’ouverture, la grande précision des flûtes nous laissait espérer une interprétation rigoureusement classique. Le jeu des bassons, moins précis, les fins de doubles-croches de l’ensemble de l’orchestre et surtout le rythme stressé des syncopes ont toutefois assez vite détrompé l’espérance laissée par les flûtes. Et en effet l’interprétation sans être, comme souvent, résolument romantique, ne parvint jamais à installer le style classique, du fait, notamment, d’un manque de rigueur des cordes sur les contretemps.

Si l’empereur avait reproché à Mozart qu’il ait «trop de notes», nous pouvons reprocher à l’orchestre que ces notes étaient toutes trop allongées ; ceci handicapa nettement le passage du départ des fiancés. La musique manquait de relief et de vie jusqu’à transformer la marche militaire en une marche de concert très policée qui, lors de la reprise, souffrit du décalage léger des timbales et des trompettes. On pouvait aussi regretter une certaine scolarité dans l’expression de certaines syncopes pointées des bois et le manque de rigueur des cuivres ou encore une petite lourdeur des vents sur l’ensemble du premier final. C’est toutefois surtout au second acte que l’on ressentit le plus cette impression de vide de l’orchestre, entraînant de véritables longueurs. Une fois encore la scène surpassa la fosse et comme pour faire écho au très bon Rigoletto qui ouvrit la saison, les chanteurs et la mise en scène de Cosi fan tutte furent excellents. Un léger manque de puissance des fiancés sur leur première scène fut toutefois vite oublié. Les voix féminines étaient excellentes et superbes, voire magnifiques pour certains airs, notamment de Evelina Bobracheva. Mais c’est aussi à l’excellence de leur jeu que l’on doit le succès de cette soirée. Les trois femmes épousèrent leur rôle jusque dans les plus discrètes mimiques. Portant tous ensemble une mise en scène proche de la commedia dell’arte, les chanteurs ont par moment pu pallier la défaillance orchestrale et tenir ce rôle de vis-à-vis dans la dispute philosophique avec Don Alfonso.

Crédit photographique : Eveline Dobracheva (Fiordiligi) & Carine Sechaye (Dorabella) © Frédéric Stéphan