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Philippe Jaroussky : la trahison par une voix d’ange


La musique en cette soirée, a semblé prendre les teintes du feu et du sang tout comme la lumière éclatante du soleil se réverbérant à l’infini, embrasant la Galerie des Glaces et les eaux du Grand Canal, pour se perdre dans l’expression des passions. nous a proposé dans un programme très équilibré de redonner vie à deux des plus grands castrats qui exaltèrent les cours d’Europe, dont Versailles, au XVIIIe siècle. Accompagné par l’, attentifs à le soutenir en lui offrant de belles couleurs et nuances, il a su être ces deux voix perdues dans le temps, Farinelli et Carestini que tout opposait artistiquement.

Il faut d’abord souligner la qualité d’écoute entre les musiciens et le chanteur. Car c’est probablement grâce aux musiciens de l’ que est parvenu à retrouver les infimes nuances d’une qualité essentielle reconnu à Carestini, un engagement dramatique, où l’émotion est à fleur de peau. Comme dans «Scherza infida», où le théorbe de Claire Antonini traduit les larmes qui s’écoulent avec les mots, il s’abandonne, trouvant exactement l’ombre de la ligne de chant. Tout le programme a ainsi exploré les recoins douloureux de l’âme trahie. Et la voix laisse l’émotion irradier des vocalises à la virtuosité ardente.

Le timbre clair, le phrasé délicat et subtil de Philippe Jaroussky puisent la sensualité expressive qui bien souvent lui manque dans la grâce suave du basson, dans la fiévreuse impétuosité des cordes. Il a ainsi montré durant toute la durée du récital des qualités exceptionnelles démontrant que parvenu au fait de la maîtrise technique, il peut dans un endroit aussi envoûtant, devant un public aussi fasciné se laisser emporter par la violence des passions qu’expriment tous ces airs d’opéras, que ce soit la plus folle des jalousies ou la douleur mortelle d’un amour trahi.

Dans deux concertos de Vivaldi, le bassoniste Nicolas André et le violoniste nous ont permis d’apprécier cette virtuosité instrumentale qui caractérise Artaserse et qui leur ont permis cette humilité de l’accompagnement d’un contre-ténor hors du commun.

Crédit photographique : DR

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