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L’effervescence des Ballets Russes au Théâtre des Champs-Elysées

Avec les Ballets Russes fondés il y a un siècle, Serge Diaghilev souhaitait révéler à l'Occident les richesses culturelles de la Russie.

Ses spectacles consacrèrent une forme d'art inédite au sein duquel convergèrent des tendances nouvelles et diverses. Cette esthétique révolutionnaire constitua à l'époque un véritable choc culturel. Le Théâtre des Champs-Elysées offre au public parisien une relecture des Saisons Russes en accueillant la compagnie du Ballet du Kremlin pour trois soirées exceptionnelles.

Le ballet Shéhérazade nous présente un Orient digne des Mille et Une Nuits. L'atmosphère envoûtante des contes arabes se teinte de l'imaginaire slave. La passion et la sensualité sont présentes tout au long du ballet : ici, l'amour n'est pas éthéré ; il est au contraire sauvage et passionné. Les corps semblent impatients de céder à la tentation, l'amour prend la forme d'un raz-de-marée incontrôlable : le qualificatif de spectacle prend ici toute son ampleur. Hautaine et indomptable, Ilzé Liepa campe une superbe Zobéide. Charismatique, elle possède une technique sûre et une théâtralité certaine : artiste complète et femme fatale, elle incarne à merveille le mythe de la femme orientale dominatrice et propre à susciter les passions. Son partenaire , qui interprète le rôle de l'Esclave d'Or, possède une danse souple et féline. Les adages sont emblématiques d'un renouvellement de l'esthétique amoureuse. La troupe, jeune et dynamique, peut s'orgueillir d'une technique parfaite et d'une grâce toute slave. La musique de Rimski-Korsakov, ainsi que les costumes, contribuent à faire de ce Shéhérazade un précieux moment de dépaysement. On comprend pourquoi cette œuvre constitue l'une des clefs de voûte de l'esthétique des Ballets Russes.

Nous fut ensuite présenté une œuvre moins connue des balletomanes : Thamar. Celle-ci débute avec des jeux de laser peut-être trop agressifs pour une scène de théâtre. L'imaginaire orientalisant est prétexte à une tragique histoire d'amour. incarne une Thamar hiératique et dangereuse à souhait. Nous émettrons cependant quelques réticences sur le choix de sa tenue, impropre à mettre en valeur cette interprète racée. Son partenaire, Ilia Kouznetsov, semble quelque peu débordé par le charisme de sa partenaire. Le ballet est parsemé de multiples danses guerrières, autant d'interludes virils puisés dans le folklore. Musique et décors semblent empruntés au ballet Shéhérazade, sans toutefois parvenir à toucher aussi puissamment l'imaginaire du public.

La soirée se clôture avec le célèbre Boléro, sur la non moins célèbre musique de Ravel. La version des Ballets Russes n'a rien à envier à celle de Béjart : intense et sensuelle, cette pièce met en exergue l'utilisation particulière d'une même phrase musicale. La répétition du mouvement va crescendo, exprimant ainsi la montée d'un désir omniprésent. Les hommes se muent en spectateurs devant cette femme qui s'exhibe crânement sous leurs yeux. Toujours impériale, Ilzé Liepa est apte à susciter pareil engouement. D'un seul regard, elle met le monde à ses pieds. Ce ballet de caractère espagnol a acquis, à juste titre, un caractère mythique.

Au début du XXe siècle, les innovations apportées par Diaghilev avaient bouleversé la sensibilité artistique de l'époque. Aujourd'hui encore, ses Ballets Russes sont porteurs d'un esprit subversif qui n'a pas pris une ride.

Crédit photographique : extrait de l'affiche d'origine de © DR

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