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« Trompette et orgue », une nouvelle vie

Depuis toujours, et surtout depuis le XVIII° siècle, la trompette s’est associée à l’orgue dans de nombreuses œuvres originales. Certains chorals de , élève de Bach, sont de beaux témoins de cette pratique, où se mêlent le rouge du cuivre de la trompette, et le vert du bois de l’orgue : couleurs complémentaires, mais aussi harmonieusement musicales. Plus récemment, à partir des années 60, ce concept fut remis à la mode par le célèbre tandem – Marie-Claire Alain, qui en firent leur miel au travers de mémorables tournées de concerts, et de disques qui connurent leur heure de gloire. Le choix d’un répertoire, proposé pour toucher un public le plus vaste possible, et l’amener plus facilement à l’orgue, se construisit grâce à l’exercice souvent malheureux de la transcription. Il s’agissait de concertos baroques pour flûte ou hautbois, de maîtres baroques italiens, que la trompette, même raffinée et légendairement parfaite de ne permettait souvent pas de défendre stylistiquement. Cette pratique est passée d’usage, et ne perdure encore que dans certains lieux, où les organisateurs ne pensent remplir leur église qu’à ce prix musical là !

Par contre, ce qui nous est proposé dans ce disque est tout autre, et autrement passionnant : des œuvres originales et globalement contemporaines, qui nous transportent vers d’autres rives. Nous connaissons déjà l’immense talent de , l’un de nos grands compositeurs actuels, digne successeur de Maurice Duruflé à sa tribune de Saint-Etienne-du-Mont, et d’Eric Aubier, trompettiste déjà mondialement apprécié. Grâce à eux, nous assistons à une véritable renaissance, un mariage heureux. Ce disque, ils l’ont souhaité non pas comme un récital ordinaire, mais bien construit comme une grande arche, une seule grande œuvre, dont les divers éléments sont reliés par de courtes improvisations à l’orgue. Les divers climats se succèdent avec bonheur : rythmes incantatoires de la fête de Cuzco de , avec son Salve Regina caractéristique, relayé par les diverses danses des autres œuvres de Bacri, Jetvic ou Escaich. Le rythme semble l’élément principal, comme s’il nourrissait cette rencontre au sommet. La figure de reste présente, dédicataire de l’œuvre méditative de Jolivet, ou des accents péruviens de Tomasi. Tout est ici pensé et vécu pour le plaisir des sens, des oreilles, du cœur aussi. Une belle manière de se rapprocher, s’il en était encore besoin, de la musique de notre temps : duo utile et abouti, mieux à sa place que dans les musiquettes aguicheuses de tous bords.

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