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D’ombres et de lumières, les délices de l’amour

Les femmes furent au XVIIe siècle à l’origine d’une vie culturelle qu’elles encouragèrent en particulier par leur salon. Elles accueillaient tous ceux qui par leur créativité, faisaient de leur «ruelle» des lieux de délicatesse, où l’on pouvait évoquer l’amour et ses tourments, la cour, la religion parfois et où l’air de cour trouvait un écrin.

Autour des Le Camus, l’ensemble se propose ici de faire revivre l’une de ces ruelles, faisant murmurer les ombres, le temps d’un récital. Le programme de ce CD, trouve le juste équilibre, le bon goût, qui ainsi nous conduit hors du temps, ou plus exactement en un temps où le roman pastoral l’Astrée, séduisait les dames et inspirait poètes et musiciens. Ce CD se joue des «improbables» rencontres entre les Le Camus, Charpentier, Lully et Mme de Sévigné. La voix de cette dernière d’ailleurs, se fait entendre, douce, mélodieuse, rieuse à la toute fin de l’enregistrement. A cet instant là, parvient à devenir pour chacun de nous l’épistolière du Grand Siècle.

Chacune de ces pièces musicales, est un joyau unique en soi. Toutes sont profondément expressives, parfois théâtrales. Elles nous touchent à la fois par leur brièveté fulgurante et leur capacité à exprimer en quelques mots et en utilisant des formes et des techniques musicales très variées et complexes, toute la joie et l’amertume d’aimer et de vivre. Le livret de ce CD nous charme et nous accroche. qui en est l’auteur y attise notre curiosité, nous y décrivant le travail nécessaire de recherche pour retrouver l’art du chant convenant à ce type d’œuvres. Sa voix chaude et souple nous séduit et son phrasé laisse respirer les textes. S’il choisit parfois un chagrin un brin trop éloquent et si l’on peut regretter quelques hésitations sur l’usage du français restitué ou non, sa quête de l’expressivité baroque donne aux mots cette transparence des larmes et le souffle des soupirs.

Les deux musiciens qui l’accompagnent se montrent extrêmement fins et délicats. à la viole de Gambe et Manuel de Grange au luth et Théorbe, créent une sensation donnant vie aux clairs/obscurs qui résident en chaque mot, et cela est d’autant plus méritant qu’ils sont desservis par une prise de son froide qui défavorise les instruments baroques. Et pourtant la rondeur sonore des cordes nous étreint. Le luth, dans l’Allemande de Gautier (ou le théorbe dans le Prélude de R. de Visée), ou la viole de gambe sur l’air de Je veux me plaindre de vos rigueurs font miroiter l’évanescente mélancolie des airs de cour.

Ce CD est une belle proposition d’interprétation et la passion de ces interprètes y est sensible. Il enrichira votre regard sur cet art subtil de dire la poésie du sentiment amoureux avec élégance et raffinement.