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Launy Grøndahl (1886-1960) – un grand de la baguette danoise

Dans la grande famille des chefs d’orchestre géniaux… on demande un Danois de premier plan ayant œuvré magistralement pour la musique de son pays. Celle de Carl Nielsen en particulier. Pas uniquement cependant. On tire un nom… c’est .

Un homme à deux casquettes. Le chef d’orchestre on l’a dit, mais le compositeur également, pour une œuvre en particulier, nous y reviendrons.

naît à Ordrup, près de Copenhague (Danemark) le 30 juin 1886. Il est le fils d’un grand propriétaire nommé Carl Grøndahl. Dès l’âge de huit ans le jeune garçon commence à travailler le violon. Ses progrès sont remarquables et ses potentialités énormes. Agé de seulement treize ans, il devient musicien professionnel grâce à un engagement comme violoniste du rang au sein de l’Orchestre du Théâtre Casino situé à Copenhague (1906-1919). Plusieurs musiciens danois de qualité ont compté parmi ses premiers professeurs : Anton Bloch (violon), Ludolf Nielsen (composition) et Axel Gade (violon).

Il parcourt plusieurs pays d’Europe afin de s’imprégner de ce qui se fait ailleurs et à son retour au Danemark, il fonde la Société des Jeunes Compositeurs et en devient logiquement le premier président.

Bien plus tard et pendant une très longue période de trente-et-un ans (1925-1956), il devient chef permanent de l’Orchestre symphonique national danois, assurément l’orchestre le plus prestigieux du Danemark. Sa nomination au rang de premier directeur de l’Orchestre de la Radio d’Etat danoise se situe en octobre 1925. Celui-ci deviendra ultérieurement le Symphonique national danois. Il sert donc cette formation pendant plus de trois décennies et dirige à Berlin, Prague, Varsovie, Stockholm, Helsinki, Oslo et Amsterdam.

Ses interprétations des symphonies de Carl Nielsen sont considérées comme de tout premier plan et proches de l’idéal interprétatif et ses enregistrements pionniers en apportent un vibrant témoignage. Sa lecture des symphonies de Nielsen fait autorité. Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il participe à la résurrection de la Symphonie n° 4 «Inextinguible» de Carl Nielsen avec l’Orchestre de la Radio danoise, en 1951.

Son répertoire riche et varié affiche une préférence marquée pour la musique danoise mais il œuvre souvent au profit des compositeurs moins connus. Ainsi fait-il énormément pour la musique de Rued Langgaard, personnage assez étrange, peu sociable et hyperdoué. Il défend aussi des musiques de Louis Glass, Hakon Børresen, Herman Sandby, Rudolf Simonsen, August Enna, Ludolf Nielsen, Victor Bendix, Fini Henriques…

Lorsqu’il quitte, en juin 1956, l’orchestre qu’il dirige depuis plus de trois décennies (il a alors 70 ans), il est remplacé par Nicolai Malko. Toutefois, il assure encore un certain nombre de productions radiophoniques jusqu’en 1959. Il s’éteint à à Copenhague le 21 janvier 1960 à l’âge de 74 ans.

On dit de Launy Grøndahl que c’était une personnalité modeste et qu’il ne faisait pas grand cas de ses propres partitions, mais il a écrit tout de même une grande œuvre, exceptionnelle d’inspiration et de beauté : son Concerto pour trombone. Ce concerto existe sous deux formes : pour soliste et vents et également pour trombone et orchestre, les deux datent de 1924 et durent approximativement 16’. Grøndahl se trouve en Italie au moment de ce travail créateur. La pièce est destinée pense-t-on à la section des trombones de l’Orchestre du Théâtre Casino dont le niveau semble avoir été très élevé. L’œuvre est dédiée au tromboniste de l’orchestre cité à l’instant Wilhelm Aarkrogh.

Ce concerto offre de nombreuses similitudes avec certaines musiques de Kurt Atterberg, créateur suédois contemporain, sur le plan de la mélodie, du timbre orchestral, de l’atmosphère. C’est dire que nous sommes en présence d’une musique romantique, nostalgique, d’une grande beauté mélodique et sonore. Les trombonistes dans leur ensemble posent un regard enthousiaste sur cette partition dont les qualités fondamentales en font un must de leur répertoire, lequel, on le sait, n’est pas extrêmement étendu.

Grøndahl appartient au meilleur de la génération des chefs d’orchestre de la première moitié du 20e siècle au Danemark. On a peine de nos jours à imaginer la place prépondérante de ce personnage, humainement assez effacé, artistiquement volontaire et affirmé, dans la vie musicale danoise de son temps.

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