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Clara Haskil, quelle leçon de simplicité

La réputation mozartienne de Clara Haskil n’est plus à faire, mais s’il était encore des sceptiques, et bien sûr pour tous les mélomanes, en herbes ou pas, qui ne connaitraient pas encore cette grande dame du piano, voilà un double album quasiment indispensable. Il contient quatre concertos pour piano de Mozart, dont le n°20 inédit à ce jour, est offert en bonus par l’éditeur, le son s’y montrant trop précaire pour être considéré autrement que comme un document historique. Mais les trois autres, fort bien travaillés par les ingénieurs de l’INA, sont un régal de piano mozartien.

Car c’est avant tout la formidable leçon de piano que nous donne ici Clara Haskil qui fait tout le prix de cet album, même si l’accompagnement orchestral, point faible de certains des enregistrements de cette grande pianiste, est également plutôt réussi. Bien sûr ce n’est pas la pure qualité sonore du piano (ni de l’orchestre) qui l’emporte, Haskil n’est pas Arrau et ces enregistrements live n’ont pas bénéficié de la prise de son de studio des ingénieurs Philips. Et l’hédonisme sonore n’est pas la première préoccupation de la pianiste. Mais ce qui est irremplaçable ici est le miracle par trois fois répété, de la simplicité et de l’évidence des phrasés et de la conduite du discours. Tout est fait avec une intelligence du texte désarmant toute critique, s’imposant sans effort à l’auditeur qui, à aucun moment ne se pose la fameuse question «mais pourquoi est-ce joué ainsi?». Ici tout coule de source, que ce soit dans les parties rapides et dynamiques ou dans les passages plus lyriques, dont les superbes mouvements lents. Partout la pianiste domine son sujet avec un jeu classique mais sans faille, d’une classe et d’une élégance idéale pour Mozart, dans des tempi généralement allants évitant toute précipitation. Son «Jeunehomme»et le n°24 sont peut-être un poil plus réussis que le n°19, peut-être aidés par un piano acoustiquement légèrement plus présent, qui capture immédiatement notre attention sans jamais nous lâcher. On pourrait d’ailleurs analyser et montrer dans toutes les écoles la façon dont chaque phrase est construite et vit de la première à la dernière note, sans se relâcher, avec juste ce qu’il faut de souplesse, de respiration et un art subtil du rubato. Le tout respectant la différence de caractère de ces deux concertos, avec une intensité accrue dans le n°24. Du grand art.

Stylistiquement il ne faut pas s’attendre à une lecture post baroqueuse, nous sommes dans le pure style classique du milieu des années cinquante, mais dans ce qu’il a de plus réussi et intemporel. L’interprétation ne suit donc aucun dogme ni règles restrictives pré établies sinon les fondamentaux classiques, ne puisant son inspiration que dans la partition, restituant simplement tout ce qui est écrit, avec toute l’intelligence, le métier et l’instinct musical dont sont capables les interprètes. Alors, s’il y a sans doutes plusieurs façons de jouer cette musique, certaines plus ou moins bonnes que d’autres, celle que nous offre ici Clara Haskil fait incontestablement partie des toutes meilleures, et est difficilement surpassable dans la simplicité et la qualité des phrasés. L’accompagnement orchestral, plutôt sobre et viril, reste parfaitement adéquate, même s’il nous semble qu’on peut ici où là améliorer l’articulation ou la lisibilité (mais n’oublions pas qu’il s’agit de live des années cinquante). Un album que tous les admirateurs de Clara Haskil se doivent de posséder, mais qui ravira tout autant tout mélomane.

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