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L’alpha et l’oméga symphonique de Chostakovitch par Gergiev

Dans une discographie bien fournie pour un compositeur décédé en 1975, cet enregistrement se distingue pour plusieurs raisons. Le programme permet de prendre conscience en quoi le génie n’attend pas la maturité pour s’épanouir. Savoir que la symphonie n°1 est composée à l’âge de 19 ans est ahurissant. La personnalité riche et contrastée de est déjà pleinement présente et l’art de la composition allie une vraie originalité à une science de l’orchestration déjà magnifique. La faire précéder du testament symphonique du grand compositeur alors âgé de 65 ans est une très belle idée. Certes la maturité a affiné et raffiné un art de plus en plus original, mais le parcours artistique ne dessert en rien l’œuvre de la première jeunesse. La Symphonie n°15 de Chostakovitch est d’emblée pleine de dérision, de moquerie sarcastique, à la fois pleine d’humour et de douleur. L’exemple le plus frappant de cette dérision qui tourne à l’autodérision pour le compositeur comme l’auditeur est cet emprunt à l’ouverture d’opéra la plus connue et jusque dans les dessins animés. C’est bien évidemment la sonnerie martiale qui suit le délicat Ranz des vaches dans l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini. Au sein de ce premier mouvement rapide la déformation constante de cette cavalerie, orchestrée de manière parfois fort grossière séduit et dérange tout à la fois car oui, nous avons aimé un jour, ou avons été sensible à cet effet rossinien. Cet exemple d’humour grinçant n’est que le premier et d’autres moments sont tout aussi réussis. L’extraordinaire son des cuivres obtenu par Chostakovitch dans les premières mesures du deuxième mouvement est si lourd, si profond et si riche harmoniquement, le violoncelle solo est ensuite si douloureux (remarquons que ce sont les même instruments vedettes de l’ouverture de Guillaume Tell) que nous nous inclinons devant le génie de cet orchestrateur en nous rappelant, et oui, d’où nous venons… en appréciant toujours d’avantage là où Chostakovitch nous conduit.

On peut compter sur la personnalité bouillonnante de pour défendre cette œuvre à la vie à la mort. Un tel engagement est fascinant. L’orchestre Mariinsky est absolument superbe de virtuosité et d’émotions diverses pouvant passer de la dérision à la tristesse. Tous les pupitres sont fascinants. Comme notre confrère le notait récemment tout orchestre dirigé par Gergiev sonne grand, brillant et athlétique. L’Orchestre Symphonique du Mariinsky sonne en plus complètement russe faisant de cette version la plus idiomatique qui se puisse rêver.

La prise de son est généreuse et la technique SACD permet de faire rentrer l’orchestre symphonique chez vous. Les solos instrumentaux sont criants de vérité et de présence comme les tutti orchestraux les plus puissants. Les surprises harmoniques dans leurs plus infimes frottements sont détaillées.

On ne peut résister à cette interprétation absolument convaincante dans la meilleure prise de son du moment, offrant une compréhension circulaire du génie de Chostakovitch, né dès sa toute première jeunesse et qui s’est épanoui de manière constamment nouvelle et originale.

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