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Svetlin Roussev & Frédéric D’Oria-Nicolas, un beau duo plein de grâce et de fougue

et nous ont révélés tous deux leur grand talent avec un programme rare, dont les deux dernières œuvres figurent sur le disque qu’ils viennent d’enregistrer chez Fondamenta.

Le violoniste est né en 1976 en Bulgarie. Après ses études à Paris, il a été lauréat de plusieurs concours internationaux, dont Long-Thibaud. Premier violon solo de l’Orchestre national de France, il est également très actif en musique de chambre. Quant au pianiste parisien , il a effectué la majeure partie de sa formation à Moscou. Excellant aussi bien en tant que soliste (Révélation classique d’ADAMI en 2005) que chambriste, il poursuit des recherches musicologiques et prépare la publication de la correspondance de Serge Prokofiev.

Insistons d’abord sur le fait que cette soirée n’était pas un récital de violon, mais bien un concert des deux musiciens. Les partitions sont si idéalement partagées qu’à aucun moment, on n’a l’impression que l’un domine l’autre. Avec eux, le piano n’est jamais l’accompagnement du violon, contrairement à une idée parfois trop facilement admise. La première partie est déjà très fournie. La sonate de Mozart, notamment dans les thèmes et variations, exige une grande subtilité, à la fois douce et ferme, sur les coups d’archet, dont Svetlin Roussev fait une belle démonstration. Le son du violon, velouté et rond dans Mozart, devient dans Grieg plus clair et affirmé, alors que le piano retient toujours notre attention par sa sonorité extrêmement limpide et la virtuosité de l’artiste. Le clou de la soirée, c’est la Sonate «Epica» de , composée en 1938. Délibérément tonale, cette sonate est un monument quasi-symphonique, épique et héroïque comme son sous-titre l’indique, associant tous les styles : classique, romantique et postromantique. On entend ça et là quelques réminiscences de Scriabine, Rachmaninov, Fauré, Brahms et d’autres compositeurs, mais aussi du blues et du tango. On imagine donc la difficulté de rendre toutes ces esthétiques évidentes tout en préservant une cohérence logique dans le cadre d’une sonate. Défi parfaitement réussi, car nos deux musiciens l’exécutent avec une intelligibilité surprenante, sans jamais plonger l’auditeur dans la confusion que pourrait facilement provoquer ce melting-pot musical.

La légèreté et l’aisance du jeu de Svetlin Roussev et Frédéric D’Oria-Nicolas est tout simplement admirable, tout comme leur exceptionnelle musicalité. C’est donc un très beau duo, et l’on attend impatiemment d’autres occasions de l’entendre.

Crédit photographique © DR

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